À l’occasion de la publication du très beau roman graphique « Amor. De la petite Jérusalem du Maroc », nous avons interrogé les auteurs, les deux frères David et Alain Assouline. L’un écrit, David, l’autre dessine, Alain. Et le résultat est là : des planches superbes qui parviennent sous la finesse de leurs traits et la justesse des couleurs à nous transporter au Maroc, à Séfrou plus précisément, et aussi en Palestine mandataire.
Le texte révèle la qualité d’historien de David Assouline : tout est précis, documenté, sourcé. Rien dans ce roman graphique n’enjolive ou ne noircit, il est au contraire au plus près de la réalité. Réalité de la condition juive au Maroc, avant et après le protectorat, réalité aussi des relations entre juifs et musulmans, qui, comme toute relation humaine est toute en contrastes.
Enfin, cette publication est aussi et peut être surtout une narration familiale, c’est l’histoire de leur famille que les frères Assouline nous livrent : « Amor est cet oncle que nous n’avons pas connu. C’était le jeune frère de notre père. »
Les manifestations antijuives en Algérie (1871-1900)
Le rôle des médias dans la construction de l’antisémitisme
Par Serge Dahan Président de l’INSSEF
L’histoire contemporaine de l’antisémitisme ne peut être dissociée de celle des médias et des systèmes d’information. De la presse imprimée du XIXe siècle aux réseaux sociaux du XXIe siècle, certaines dynamiques réapparaissent : diffusion de récits simplifiés, circulation d’accusations non vérifiées, mobilisation émotionnelle et désignation d’un groupe présenté comme responsable des tensions d’une époque.
Entre 1871 et 1900, l’Algérie française constitue l’un des laboratoires de l’antisémitisme politique et médiatique.
Bien avant les catastrophes du XXe siècle, les villes d’Algérie connaissent campagnes de presse haineuses, violences populaires, exclusions politiques et émeutes visant les Juifs d’Algérie.

Le point de rupture est le Décret Crémieux du 24 octobre 1870. Ce texte accorde collectivement la citoyenneté française aux Juifs d’Algérie.
Pour une partie importante des Européens installés en Algérie, ce décret devient rapidement un symbole de frustration et de concurrence. Beaucoup supportent mal que des Juifs jusque-là considérés comme « indigènes » deviennent juridiquement leurs égaux, cette promotion civique nourrit un ressentiment mêlant racisme, rivalités économiques et antijudaïsme traditionnel.
L’année 1871 constitue un tournant décisif. La France vient d’être vaincue par la Prusse ; le Second Empire s’effondre ; l’Algérie traverse une période d’instabilité majeure.
La grande Insurrection de Mokrani, déclenchée le 15 mars 1871 en Kabylie, constitue la plus importante révolte contre la présence française depuis 1830.
Dans ce climat de peur et de crise, une partie des Européens d’Algérie cherche des responsables. Les Juifs deviennent alors des boucs émissaires idéaux.
Très vite apparaissent dans la presse des pétitions réclamant l’abrogation du décret Crémieux, des accusations de favoritisme économique, des discours dénonçant une prétendue « domination juive » et des campagnes opposant « Français d’Algérie » et « Israélites ».
Dans les années 1880, l’antisémitisme algérien cesse d’être un simple préjugé social pour devenir un courant politique structuré. Dans plusieurs municipalités émergent des élus populistes, la presse joue alors un rôle central.
Des journaux comme L’Antijuif algérien, Le Petit Oranais ou les publications inspirées par Édouard Drumont diffusent caricatures, rumeurs, accusations et récits complotistes.
La publication, en 1886, de La France juive marque une étape essentielle. Drumont y développe l’idée d’une France dominée par les Juifs dans la finance, la presse, le commerce et les institutions républicaines. Son vocabulaire imprègne rapidement l’Algérie.
La presse antisémite mobilise, désigne, radicalise et prépare la rue. Les Juifs d’Algérie cessent progressivement d’être perçus comme des citoyens pour devenir une catégorie responsable des difficultés économiques et sociales, ils sont alors dans une situation paradoxale : juridiquement citoyens français depuis 1870, ils restent pour une partie des européens comme des étrangers illégitimes au sein même de la société française.
Toute la presse de l’époque ne participe pas à cette dérive. Une partie de la presse républicaine dénonce les violences et met en garde contre la montée d’un antisémitisme de masse.
Cette dynamique atteint son paroxysme lors des émeutes antijuives de 1898 dans le contexte de l’Affaire Dreyfus, qui débute en 1894 avec la condamnation pour trahison du capitaine juif français Alfred Dreyfus, accusé à tort d’avoir transmis des documents militaires à l’Allemagne. Malgré l’absence de preuves solides, les erreurs judiciaires et les éléments démontrant progressivement son innocence, une grande partie de la presse continue de présenter Dreyfus comme le symbole d’une prétendue « trahison juive » au sein de la nation française.
L’affaire divise profondément la France entre dreyfusards et antidreyfusards et devient en Algérie un puissant accélérateur de l’agitation antisémite.
L’Algérie connaît alors une radicalisation spectaculaire. Les ligues antisémites se multiplient, les meetings attirent des foules nombreuses, les violences deviennent quasi insurrectionnelles.
La figure centrale de cette période est Max Régis, jeune agitateur populiste devenu maire d’Alger en 1898. Autour de lui, une partie de la presse ne se contente plus de commenter les événements : elle annonce les rassemblements, glorifie les orateurs, désigne des cibles et participe directement à la mobilisation de rue.
Les violences antijuives de 1898 éclatent principalement à Alger entre janvier et février 1898, avant de s’étendre à plusieurs autres villes comme Oran, Constantine, Mostaganem ou Blida.
Ces troubles prennent parfois un caractère quasi-insurrectionnel, la police et les autorités apparaissent dans un premier temps dépassé par l’ampleur des violences. Certains responsables hésitent à intervenir fermement contre des foules européennes politiquement influentes, tandis qu’une partie des élites partage elle-même certains préjugés antisémites de l’époque.
Les émeutes de 1898 constituent l’un des épisodes les plus graves de violences antijuives de la France contemporaine avant la Seconde Guerre mondiale.
Elles montrent aussi comment une certaine presse, combinée à la crise politique, aux frustrations sociales et à l’antisémitisme, peut transformer un climat de tension idéologique en violence collective organisée contre les juifs.
Cette période annonce déjà certaines mécaniques médiatiques contemporaines : simplification extrême des récits, répétition permanente des mêmes accusations, diffusion continue de rumeurs, confusion croissante entre information, militantisme et propagande.
Une certaine presse ne cherche plus à informer mais à mobiliser les émotions. La caricature et la diffusion d’accusations dépourvues de preuves contribue à créer un environnement où la haine antijuive se banalise progressivement dans l’espace public. L’Algérie française de la fin du XIXe siècle apparaît ainsi comme l’un des laboratoires d’un antisémitisme médiatique.
Plus d’un siècle plus tard, les massacres du 7 octobre 2023 perpétrés par le Hamas provoquent une immense émotion internationale et, dans un premier temps, une vague de solidarité envers les victimes israéliennes.
Les attaques du Hamas, marquées par des massacres de civils pris pour cibles parce que juifs et israéliens, des enlèvements, des viols et des violences d’une brutalité exceptionnelle, suscitent une condamnation largement partagée.
Mais en quelques jours seulement, une partie de l’opinion internationale opère un renversement moral et médiatique : les victimes du massacre deviennent progressivement associées à la figure du coupable.
Dans certains espaces médiatiques et numériques, les Israéliens, et plus largement les Juifs, cessent d’être perçus comme les victimes du 7 octobre pour devenir les représentants d’un système présenté comme oppressif ou criminel.
L’espace médiatique se retrouve alors dominé par les accusations diffusées avant vérification, les vidéos virales, les récits militants, la propagande et la concurrence émotionnelle.
Dans cette dynamique d’instantanéité permanente, les images les plus choquantes, les accusations les plus radicales et les récits les plus polarisants circulent bien plus rapidement que les enquêtes, les rectifications ou les mises en contexte.
La pression de l’audience, de la viralité et du flux continu pousse alors une partie des acteurs médiatiques, et plateformes numériques à relayer des informations non vérifiées, des contenus incomplets ou des récits militants présentés comme des faits établis.
Une partie de cet espace médiatique et militant a été investie par des mouvements islamistes, des groupes d’extrême gauche radicale et des réseaux antisionistes qui imposent une lecture idéologique du conflit articulée autour du colonialisme ou de l’oppression raciale.
Cette convergence n’est pas nouvelle. Elle se structure progressivement après la guerre des Six Jours de 1967 puis dans le contexte des luttes tiers-mondistes.
Une partie de l’extrême gauche européenne présente alors Israël comme l’avant-poste de l’impérialisme occidental et du colonialisme au Moyen-Orient. Parallèlement, les mouvements islamistes font de la cause palestinienne un instrument central de mobilisation politique et religieuse, dans une rhétorique où la dénonciation d’Israël glisse vers l’essentialisation des Juifs et l’utilisation de stéréotypes antisémites.
L’épisode de l’hôpital Al-Ahli à Gaza, le 17 octobre 2023, constitue un exemple révélateur. Avant toute enquête approfondie, responsables politiques, militants, influenceurs et certains médias accusent immédiatement l’armée israélienne d’avoir délibérément bombardé l’hôpital. L’information alimente alors manifestations, tensions et discours antijuifs dans plusieurs pays.
Les analyses ultérieures de plusieurs services de renseignement occidentaux et d’enquêtes indépendantes concluront qu’il s’agissait d’un tir provenant du Jihad islamique palestinien. Mais la rectification si elle intervient, elle intervient tardivement, discrètement, alors que l’accusation avait déjà produit ses effets émotionnels et politiques.
L’histoire montre que l’antisémitisme se nourrit rarement d’arguments entièrement nouveaux. Les représentations évoluent, mais les mécanismes demeurent souvent comparables. À la fin du XIXe siècle, la presse antisémite dénonçait une prétendue « domination juive », le contrôle de la finance, la manipulation des institutions ou le « complot judéo-maçonnique ».
Aujourd’hui, ces schémas réapparaissent sous des formes réactualisées : accusation de contrôle des médias, fantasmes d’influence politique ou financière, rhétorique du « lobby » ou encore certaines comparaisons assimilant Israël et les Juifs au nazisme.
Certaines représentations contemporaines, appuyées par la diffusion virale de fausses images, de vidéos sorties de leur contexte ou d’accusations non vérifiées, réactivent également des imaginaires antijuifs beaucoup plus anciens, notamment la figure du Juif « assassin d’enfants ». Cette représentation rappelle les mythes médiévaux de crimes rituels qui ont nourri pendant des siècles les persécutions antisémites en Europe.
En Algérie, une partie de la presse transforme une avancée républicaine, le décret Crémieux, en récit de dépossession, de « privilège juif » et de menace.
À travers des campagnes de presse les Juifs sont progressivement présentés comme responsables des frustrations économiques, politiques et identitaires d’une partie de la société européenne d’Algérie.
Plus d’un siècle plus tard, les massacres du 7 octobre 2023 créent une autre dynamique médiatique, des médias et plateformes diffusent des accusations non vérifiées, des images sorties de leur contexte et des récits émotionnels simplifiés qui transforment progressivement la perception du conflit.
Ces contenus circulent dans un seul sens accusatoire, centré sur Israël, tandis que les violences du Hamas et le contexte des attaques du 7 octobre sont relégués au second plan, minimisés ou passés sous silence.
Cette asymétrie médiatique favorise alors une lecture binaire du conflit où Israël et, par extension, les Juifs eux-mêmes deviennent progressivement les principaux réceptacles de l’indignation morale et politique.
En quelques jours, dans certains espaces médiatiques et militants, un véritable renversement des perceptions s’opère : les Israéliens, pourtant victimes d’un massacre de masse, cessent d’être perçus comme des victimes pour devenir les représentants supposés d’un système présenté comme criminel, colonial ou oppressif.
À l’ère des montages sortis de leur contexte, des faux documents, des manipulations numériques et de l’intelligence artificielle générative, la vérification de l’information devient plus essentielle que jamais.
Les principes fondamentaux du journalisme, vérification des sources, pluralité des points de vue, contextualisation des faits, distinction entre information et opinion, constituent des garanties indispensables.
Lorsqu’un système médiatique substitue l’émotion à la vérification, la viralité à l’enquête et le récit militant à l’analyse, il cesse d’être un simple observateur pour devenir l’un des moteurs de la radicalisation et de la haine.
Lorsque les médias ne se contentent plus d’informer mais façonnent des perceptions morales ils contribuent alors à réactiver les mécanismes de stigmatisation, de désignation et de haine.
De l’Algérie aux réseaux sociaux du XXIe siècle, une même leçon : aucune société n’est totalement protégée lorsque l’information cesse d’éclairer pour commencer à désigner.

- 85 ans du Farhoud, le pogrom oublié contre les Juifs d’Irak
Le 1er juin 2026, il y a 85 ans jour pour jour, la communauté juive d’Irak basculait dans l’horreur du Farhoud.
Le 1er juin 1941, une foule irakienne entre dans les quartiers juifs et massacrent la population: c’est le Farhoud qui aura duré deux jours sanglants.
Ce pogrom méconnu, dont le nom signifie « dépossession violente », a marqué le début de la fin pour l’une des plus anciennes communautés juives du monde, installée en Mésopotamie depuis l’exil de Babylone.
Pour comprendre le drame, il faut plonger dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale. En avril 1941, un coup d’État mené par le nationaliste pro-nazi Rachid Ali al-Gillani renverse le gouvernement irakien pro-britannique. Soutenu par la propagande intense du Grand Mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini, alors réfugié à Bagdad, le nouveau régime diffuse une haine antisémite virulente à la radio et dans les écoles.
Fin mai, l’armée britannique intervient et met en fuite les insurgés. C’est précisément durant ce moment de flottement, entre la chute du gouvernement pro-nazi et l’entrée des troupes britanniques dans Bagdad, que le pogrom contre les Juifs se produit.
Le 1er juin 1941, alors que les Juifs de Bagdad célèbrent la fête de Chavouot, une foule en colère composée de soldats démobilisés, de policiers mutins et de pillards locaux envahit les quartiers juifs.
Pendant deux jours, la violence se déchaîne sans que les forces de l’ordre n’interviennent. Le bilan est lourd : 180 morts et des centaines de blessés, des viols et des mutilations sytématiques, 900 habitations détruites et près de 600 commerces pillés et incendiés.
Le massacre ne prend fin que le 2 juin, lorsque le régent d’Irak loyaliste reprend le contrôle de la ville et impose un couvre-feu strict.
Si la communauté juive tente de reconstruire sa vie après le drame, le Farhoud a brisé un pacte de coexistence vieux de 2 500 ans. La confiance est rompue. Ce traumatisme psychologique agit comme le catalyseur de l’émigration massive qui suivra quelques années plus tard. Lire la suite

- Descendants de juifs originaires du Maroc : vers un retour de la nationalité ?
Le Maroc relance un débat autour de la nationalité des descendants de juifs originaires du Royaume. Une motion législative citoyenne, relayée par plusieurs médias marocains, demande de permettre ou de faciliter le retour dans la nationalité marocaine aux enfants et petits-enfants de juifs marocains ayant émigré au XXe siècle. Cette initiative interroge à la fois la mémoire nationale, la nature du lien avec la diaspora et la place du Maroc dans un contexte arabe et régional marqué par la question palestinienne et l’alliance avec Israël.
Une motion législative citoyenne relance au Maroc la question de la nationalité des descendants de juifs marocains émigrés. Plusieurs décennies après les grands départs vers Israël, la France, le Canada ou l’Amérique latine, cette initiative veut reconnaître un lien national que l’exil, les choix administratifs et l’histoire ont parfois rompu.
Selon les informations relayées, le texte viserait les enfants et petits‑enfants de juifs marocains ayant quitté le Royaume au cours du XXe siècle.Pour devenir recevable, une motion de ce type doit atteindre un seuil légal de signatures, fixé à 20 000 citoyens, avant d’être transmise à la Chambre des représentants.
Le sujet est sensible, car il touche à une histoire intime du Maroc. Jusqu’aux années 1950 et 1960, le Royaume comptait l’une des plus importantes communautés juives du monde arabe. Les départs massifs vers Israël, la France, le Canada ou encore l’Amérique latine ont progressivement vidé les mellahs, sans effacer le lien affectif avec Casablanca, Fès, Essaouira, Marrakech, Meknès ou Tétouan. Lire la suite


- Les visiteurs étrangers retournent au pèlerinage juif en Tunisie sous une sécurité étroite
Le pèlerinage juif annuel à la synagogue El-Ghriba en Tunisie a connu un modeste retour des visiteurs internationaux
Le pèlerinage juif annuel à la synagogue El-Ghriba, âgée de 26 siècles, en Tunisie, a attiré un modeste mais notable retour de visiteurs internationaux cette année, vénérant ensemble sous une sécurité étroite après qu’une attaque meurtrière de 2023 a perturbé le festival.
Des visiteurs sont venus de France, de Chine, de Côte d’Ivoire et d’Italie, dont l’ambassadeur de France en Tunisie, un geste symbolique après que deux citoyens français ont été parmi les tués lors de l’attaque de 2023. Un garde national a abattu cinq personnes à la synagogue El-Ghriba peu après le festival cette année-là, répandant la peur parmi la population juive locale et les pèlerins internationaux.
Les participants ont déclaré qu’environ 500 personnes avaient assisté au pèlerinage de cette année, qui s’est tenu sur l’île méditerranéenne de Djerba du 30 avril au 6 mai pour célébrer la fête juive de Lag B’Omer. Les Juifs vivent en Tunisie depuis l’époque romaine, et le pèlerinage reste au centre de la petite mais longue communauté juive du pays. Lire la suite

- L’Holocauste s’est répandu bien au-delà de l’Europe
L’historiographie eurocentrique de l’Holocauste a longtemps occulté le sort tragique des communautés juives dans les pays islamiques et dans la diaspora séfarade. C’est malgré le fait que les nazis, qui cherchaient à créer un « monde sans Juifs », considéraient tous les Juifs, où qu’ils se trouvent, comme des cibles d’annihilation. Nous reproduisons un extrait d’un article de Yossef Charvit, le souvenir de l’Holocauste et la commémoration parmi les Juifs de la diaspora séfarade et des pays islamiques (2024-1948).
Pendant la guerre, l’Holocauste de la communauté juive européenne s’est répandu au-delà de l’Europe, atteignant l’Afrique du Nord française et italienne et le Moyen-Orient.
En outre, les communautés séfarades d’Europe, en particulier dans les Balkans et en Europe du Nord, étaient considérées comme des Juifs marqués pour la mort, sans distinction entre un type de juif et un autre. Ces Juifs ont connu à la fois le seuil de l’Holocauste et de l’Holocauste lui-même, saisis par une profonde peur et des difficultés extrêmes durables.
Dans une large mesure, le général SS Haj Amin al-Husseini et le colonel SS Walter Rauff ont délimité les frontières géographiques de l’Holocauste en dehors de l’Europe, car ils étaient censés exécuter ensemble la solution finale en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Al-Husseini, le Mufti de Jérusalem et l’un des principaux partisans arabes de l’idéologie nazie, aspirait à établir un nouveau royaume arabe sur les ruines de l’Empire ottoman. Poussé par des motifs explicitement panarabistes, il est devenu le principal allié non étatique des puissances de l’Axe. » Les Juifs d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient ont été inclus dans la Solution finale; un sort commun était destiné à tous les Juifs, comme en témoigne le protocole de la Conférence de Wannsee (20 janvier 1942), finalisant les détails de la mise en œuvre du plan. Lire la suite

- Un album photo d’un monde perdu: la famille Uzan de Tunisie
Une histoire visuelle intime d’une famille juive entre la Tunisie et l’Europe, préservée à travers les générations.
Dans une salle de stockage dans un appartement parisien, niché parmi des biens oubliés, une série d’albums photo anciens est apparue.
Certains ont été soigneusement disposés. D’autres ont été dispersés, des photographies lâches rassemblées au fil du temps, leur ordre depuis longtemps perturbé. Ensemble, ils formaient les vestiges d’une archive beaucoup plus grande: des centaines d’images documentant la vie de la famille Uzan, une famille juive originaire de Livourne, en Italie, qui s’est installée plus tard en Tunisie.
À partir de ce matériel, une sélection de 160 photographies a été assemblée. Pris, ou recueillis, au cours de quelque soixante-dix ans, ils offrent un aperçu rare et intime d’un monde qui a largement disparu.

L’histoire que ces images racontent se déroule à travers quatre générations, de la fin du 19ème siècle au milieu du XXe siècle, une période marquée par un profond changement historique. Cela commence par le Dr. Clemente Uzan et sa femme Clelia Bensasson, et continue à travers la vie de leurs enfants, Pia, Umberto, et Nina, nés vers 1900. Il se poursuit dans la génération suivante: les enfants d’Umberto, nés dans les années 1920, qui viendraient en âge dans un monde façonné par le fascisme, la guerre et ses conséquences.


Les Uzans n’ont pas entrepris de documenter l’histoire. Et pourtant, à travers l’accumulation tranquille de ces clichés de la vie familiale, c’est essentiellement ce qu’ils ont réalisé. Lire la suite

- L’IEMJ fête ses 20 ans !
Créé en 2006, l’IEMJ fête en 2026 ses 20 ans d’existence. 20 années bien remplies qui ont permis de faire aujourd’hui de l’IEMJ le plus important centre de ressources et de valorisation des musiques juives en Europe.
Genèse de l’IEMJ : repères chronologiques
Février 2000 : Hervé Roten, Docteur en Musicologie, est engagé par Nelly Hansson, Directrice de la Fondation du Judaïsme Français, pour lancer un programme de sauvegarde et de valorisation des musiques juives en France.
2001-2002 : Après une phase de collecte et d’inventaire des archives musicales, Hervé Roten dresse un premier état des lieux alarmant sur la fragilité du patrimoine musical juif français.
Octobre 2002 – septembre 2003 : Enregistrement et publication des deux premiers CD de la FJF (Musiques de la synagogue de Bordeaux et Musiques judéo-françaises des 18e et 19e siècles) dans la collection Patrimoines Musicaux des Juifs de France.
2 juillet 2004 : Hervé Roten succède à Israël Adler et Simha Arom, en tant que Directeur de Yuval, association française pour la préservation des traditions musicales juives.
Juin 2005 : La Fondation du judaïsme français et Yuval décident de collaborer en regroupant leurs collections musicales en un même lieu et en mutualisant leurs moyens d’actions dans le domaine musical.
Début 2006 : un groupe de trois étudiants des universités de Marne-la-Vallée et de Paris VIII – Saint Denis travaillent à la réalisation d’un site Internet et d’une base de données destinée à indexer et consulter en ligne les collections du futur Centre Français des Musiques Juives (CFMJ).
Dans le même temps, trois autres étudiantes de Marne-la-Vallée réalisent un film de présentation des futures activités du CFMJ (voir vidéo ci-dessus)
Juin 2006 – Naissance du Centre Français des Musiques Juives (CFMJ), grâce à l’impulsion de la Fondation Henriette Halphen, sous l’égide de la FJF, et de sa généreuse donatrice Isabelle Friedman. Lire la suite
Evénements en cours ou à venir

- Filmer la mémoire des Séfarades à partir de 20h – Mardi 9 juin 2026 – Centre Européen du Judaïsme
Rencontre avec l’historienne Sonia Fellous autour de la collection Sefardim, un projet de collecte de témoignages vidéo de personnes séfarades ayant vécu en Afrique du Nord.
Depuis plusieurs mois, l’association Sefardim recueille des récits filmés qui témoignent d’un monde aujourd’hui en voie de disparition : celui des communautés juives ayant vécu en terres arabo-musulmanes.
Au cours de cette soirée, les participants découvriront les premiers extraits de cette collection vidéo inédite et pourront échanger autour des enjeux de la mémoire séfarade contemporaine et de sa transmission.

- Yael Bartana – Mercredi 27 mai 2026 de 19h à 20h30 – Dimanche 10 mai 2026 à 18h30
Jeudi 18 juin 2026 de 14h15 à 15h45
Mercredi 1er juillet 2026 de 19h15 à 20h45
Dimanche 30 août 2026 de 11h15 à 12h30
Yael Bartana en conversation avec Pascal Samuel (mahJ)

© Sharon Lockhart, 2011 – Courtesy the artist and neugerriemschneider, Berlin
Autour de l’exposition « Noa Eshkol. 1924-2007. Danse et compositions »
par Pascale Samuel, commissaire de l’exposition, Orlie Taïeb, conférencière du mahJ
- CEJ Comedy Club – Simha Factory 3 – 3 juin 2026 à 19h30 – Centre Européen du Judaïsme

Le Centre Européen du Judaïsme vous invite à une nouvelle édition du CEJ Comedy Club – Simha Factory, une grande soirée placée sous le signe de l’humour et de la convivialité.
Au programme, plusieurs artistes et humoristes réunis sur scène :
- Richard Orlinski
- Alex Fredo
- Arno Bitan
- Ethan Lallouz
- Vincent Azé
- Fonzie Kohane
Une soirée festive et fédératrice autour du rire et du partage.
Possibilité de restauration sur place au Rooftop avec Veintisei.
Informations pratiques
- Date : Mercredi 3 juin 2026
- Horaire : 19h30
- Tarif : 20 € (ou 36 € avec Cerfa)
- Réservations
Nouvelles lectures

- Actes Rabbiniques de Naissance. Constantine 1840-1843 de Michel Zaffran
Le présent ouvrage traite des déclarations de naissance de la communauté juive de Constantine pour les années 1840 à 1843. Elles sont contenues dans un registre rabbinique conservé à Jérusalem, au Central Archives for the History of the Jewish People.
Un total de 272 déclarations de naissances, manuscrites en écriture judéo-arabe (ma’alak) caractéristique de la région de Constantine et de Tunisie ont été déchiffrés et analysés.
Les informations contenues dans cet ouvrage n’étaient pas encore disponibles. En effet les premiers actes de naissance de l’état civil français consultables dans les bases de données des Archives Nationales d’Outre-Mer datent de juin 1843.
Cet ouvrage vient donc combler un vide et pourra intéresser les généalogistes dont les recherches portent sur les communautés juives de Constantine.
L’auteur, généalogiste passionné, dont la famille paternelle est originaire du Constantinois, s’est appuyé sur les travaux préliminaires de déchiffrage réalisés par le Grand rabbin René Guedj et par Shmuel Mazel Tov pour s’auto-enseigner la lecture et le déchiffrage de l’écriture ma’alak.
Édition : Cercle de Généalogie Juive, 180 pages Lire la suite

- Maïmonide et Averroès de Gorlizki Ili
Maïmonide et Averroès naquirent tous deux dans la Cordoue musulmane: Maïmonide en 1135 et Averroès en 1126. L’un et l’autre sont les philosophes les plus représentatifs – et les plus connus – du judaïsme et de l’islam. Ils connaissaient leurs oeuvres respectives (Maïmonide recommande de lire Aristote avec les commentaires d’Averroès) et, s’ils s’étaient rencontrés, une solide amitié les aurait liés. Quarante-huit lettres auraient pu être échangées, lettres que le disciple de Maïmonide, Joseph Ibn Aknin aurait pu publier. Dans cette correspondance qui aurait commencé après que la conquête almohade, en 1148, a fait fuir de Cordoue la famille de Maïmonide, les deux philosophes discutent des événements politiques qui secouent l’empire musulman et des guerres en Espagne et en Terre sainte; ces événements eurent une profonde résonance sur leur vie privée. Ils débattent de philosophie et des rapports entre la philosophie et les textes révélés du judaïsme, de l’islam, de la chrétienté, en des termes simples, clairs et touchants. Tous deux durent faire face aux persécutions religieuses; tous deux durent pérégriner d’un lieu à un autre afin d’échapper aux détracteurs de la philosophie et de la raison. Tous deux se confortent et expriment leur amour pour leur religion respective, leur admiration et leur tolérance pour l’autre monothéisme. En butte aux attaques de leurs coreligionnaires musulmans et juifs, Averroès et Maïmonide proclament que ces adversaires haineux sont des marchands de religion, ils en font profession, ils s’en nourrissent, ils ne représentent pas ce qui en fait la valeur: une fois pure et détachée des choses de ce monde. Ancrée dans les portraits émouvants de ces deux philosophes, cette histoire est fidèle à une réalité qui s’exhale des textes, elle exprime le parfum d’une connivence intellectuelle qui existe, malgré les faits matériels: l’amitié rêvée entre Maïmonide et Averroès est une amitié vraie. Qu’elle se révèle à présent, par la voix du romancier israélien Ili Gorlizki est un signe pour le futur: raison, tolérance et amitié entre des hommes de religion différente sont aussi nécessaires en ce moment qu’elles l’étaient au Moyen âge.
Édition : Maisonneuve et larose, 177 pages Lire la suite
- La Statue de sel de Albert Memmi

Voici un écrivain français de Tunisie qui n’est ni français ni tunisien… Il est juif (de mère berbère, ce qui ne simplifie rien) et sujet tunisien… Cependant, il n’est pas réellement tunisien, le premier pogrome où les Arabes massacrent les juifs le lui démontre. Sa culture est française… Cependant, la France de Vichy. le livre aux Allemands, et la France libre, le jour où il veut se battre pour elle, lui demande de changer la consonance judaïque de son nom. Il ne lui resterait plus que d’être vraiment juif si, pour l’être, il ne fallait partager une foi qu’il n’a pas et des traditions qui lui paraissent ridicules. Que sera-t-il donc pour finir ? On serait tenté de dire un écrivain. Albert Camus.
Édition :
Gallimard, 384 pages Lire la suite