Le 23e jour du mois de Tevet, on commémorera désormais l’alyah des Juifs du Maroc et on rendra hommage à ceux qui ont perdu la vie à bord du navire Egoz, le 10 janvier 1961
Le 23ᵉ jour du mois de Tevet du calendrier hébraïque sera désormais une journée nationale pour commémorer l’immigration des Juifs marocains en Israël et rendre hommage à ceux qui ont perdu la vie en chemin, selon un projet de loi approuvé mercredi par la Knesset.
Cette date correspond au 10 janvier 1961, jour du naufrage du navire « Egoz », qui transportait 44 Juifs marocains immigrant en Israël dans le cadre d’un voyage clandestin organisé par l’agence de renseignement du Mossad.
Le mauvais temps avait provoqué une fissure dans la coque du navire. Les corps de 22 des personnes qui se trouvaient à bord ont été enterrés au cimetière du mont Herzl, à Jérusalem, tandis que les autres n’ont jamais été retrouvés.
Selon ce projet de loi, parrainé par le député Yinon Azoulay (Shas), les écoles enseigneront le patrimoine des Juifs marocains ce jour-là et une session spéciale sera organisée à la Knesset. Lire la suite

- Les Seli’hot en Algérie : mémoire et transmission
Par Serge Dahan, Président de l’INSSEF
Il y avait, dans l’Algérie de notre enfance, des matins qui ne ressemblaient pas aux autres.
Bien avant le lever du soleil, alors que les villes étaient encore silencieuses et que la chaleur de la journée n’avait pas encore envahi les rues, des hommes quittaient leur maison pour rejoindre la synagogue.
À Alger, Oran, Constantine, Tlemcen et dans bien d’autres villes, ces départs dans la nuit finissante annonçaient un moment particulier.
C’était le temps des Seli’hot.
Cette période coïncidait souvent avec un autre moment familier : la fin des vacances et la rentrée scolaire.
L’été s’achevait, les enfants reprenaient le chemin de l’école et, presque au même moment, le calendrier juif annonçait lui aussi le passage d’un cycle à un autre.
C’était le mois d’Eloul, le temps des Seli’hot et de la préparation aux jours solennels de Tichri.
Dans la tradition séfarade, les Seli’hot commencent dès le début du mois d’Eloul, environ un mois avant Roch Hachana. Cette longue préparation n’est pas fortuite. Les Sages ont fait d’Eloul un temps privilégié de Techouva, de retour vers D. et d’examen de soi.
La tradition rabbinique relie les quarante jours qui vont de Roch ‘Hodech Eloul à Yom Kippour à la dernière montée de Moïse sur le mont Sinaï, lorsqu’il reçut les secondes Tables après la faute du veau d’or. Ces quarante jours deviennent ainsi, dans la tradition, un temps de miséricorde, de pardon et de réconciliation.
Il y avait ces réveils avant l’aube. Pourquoi se lever si tôt ? Pourquoi quitter la maison alors que la ville dormait encore ?
Pour les enfants que nous étions, ces départs inhabituels avaient quelque chose de mystérieux. Ils suffisaient à nous faire comprendre qu’un temps différent commençait.
Et il y avait les chants.
Le souvenir des Seli’hot en Algérie est inséparable de leurs mélodies particulières. Avant même d’en comprendre tous les mots, chacun en reconnaissait les airs. Les premières notes suffisaient à annoncer l’entrée dans cette période si particulière de l’année.
Le mot Seli’hot signifie « pardons ». Mais le pardon s’inscrit dans une démarche plus large : celle de la Techouva, du retour.
Les Seli’hot invitent d’abord à s’arrêter.
À interrompre, pour un moment, le cours ordinaire des jours et à regarder l’année qui s’achève, les engagements tenus et ceux que nous avons négligés.
Que reste-t-il de l’année écoulée ?
Avons-nous été justes dans nos relations avec les autres ? Avons-nous su reconnaître nos erreurs ? Réparer lorsque nous avons blessé ? Demander pardon lorsque nous avions tort ?
La tradition rabbinique place ici chacun devant sa responsabilité. La Michna enseigne que les fautes commises envers D. peuvent être pardonnées à Yom Kippour, mais que celles commises envers autrui ne le sont pas tant que celui que l’on a offensé n’a pas été apaisé.
Cette exigence donne tout son sens aux Seli’hot : il ne suffit pas de réciter des prières.
Il faut aussi regarder nos actes, reconnaître nos torts et, lorsque cela est possible, réparer.
Le départ avant l’aube prenait alors une signification particulière. Quitter la nuit pour rejoindre la synagogue, c’était aussi répondre à une invitation au réveil intérieur.
La tradition rabbinique enseigne : « Repens-toi un jour avant ta mort. » Mais nul ne connaissant le jour de sa mort, les Sages en déduisent qu’il faut être prêt à faire Techouva chaque jour.
Eloul donne à cette exigence une intensité particulière. Il ne s’agit pas de rompre avec ce que nous sommes, mais de retrouver une direction, de revenir vers ce qui doit guider nos actes.
À la synagogue, l’atmosphère était grave sans être pesante.
Les voix s’élevaient dans des mélodies transmises de génération en génération. Certaines prières étaient murmurées, d’autres reprises par toute l’assemblée. Les piyyoutim, ces poèmes liturgiques qui occupent une place si importante dans la tradition séfarade, donnaient aux offices leur tonalité particulière.
Selon les villes, les airs et les intonations variaient. D’Alger à Oran, de Constantine à Tlemcen, chaque communauté avait ses accents.
Les paytanim, ceux qui connaissaient et conduisaient ces chants, tenaient une place importante. Leur voix donnait aux mots leur rythme et leur profondeur. Certaines mélodies étaient lentes et méditatives ; d’autres étaient reprises par toute l’assemblée.
La musique n’était pas un simple accompagnement de la prière. Elle participait à la prière elle-même.
Au cœur des Seli’hot reviennent les treize attributs de la miséricorde divine. Ils rappellent que l’exigence du jugement ne se sépare jamais de la possibilité du pardon.
L’homme est responsable de ses actes, mais il n’est jamais enfermé dans ses fautes.
C’est précisément le sens de la Techouva.
Les jours qui précèdent Roch Hachana sont donc bien davantage qu’une préparation liturgique. Ils ouvrent un temps d’examen de soi.
Puis vient Roch Hachana.
Le son du chofar rompt le silence. Il appelle au réveil et rappelle que le temps nous engage.
Une année commence. Ce commencement est porteur d’espérance, mais Roch Hachana est aussi le jour du jugement. Chacun est invité à considérer ses actes et à prendre conscience de la responsabilité attachée à sa liberté.
Viennent ensuite les dix jours qui conduisent à Yom Kippour.
Durant ces jours, la démarche devient plus exigeante. La prière ne suffit pas. Il faut aussi se tourner vers ceux que nous avons pu blesser, reconnaître nos torts, demander pardon et, lorsque cela est possible, réparer.
Vient enfin Yom Kippour.
Le jeûne, la prière et le retrait donnent à cette journée sa gravité particulière. Mais Yom Kippour n’est pas seulement le jour du jugement. Il est aussi celui du pardon et du recommencement.
Avec Yom Kippour, pourtant, le mois de Tichri ne s’achève pas.
Quelques jours plus tard vient Souccot, et l’atmosphère change.
Dans l’Algérie de notre enfance, les souccas apparaissaient sur les terrasses, dans les cours et dans les jardins. On dressait leur structure, on posait les branchages du toit, on décorait l’intérieur.
Après les longues heures de Yom Kippour venait le temps de construire la soucca.
Ce passage est profondément inscrit dans le rythme de notre calendrier. Après les jours du jugement et de la Techouva, Souccot est appelée par la tradition « le temps de notre joie ».
Souccot nous ramène à la sortie d’Égypte et aux années du désert. Nous demeurons dans des cabanes afin que les générations sachent que les enfants d’Israël vécurent dans des demeures provisoires après leur libération d’Égypte.
Souccot porte également une autre dimension biblique : celle de la récolte. Elle marque l’achèvement du cycle agricole et associe ainsi la mémoire du désert aux fruits de la terre.
En Algérie, le climat donnait à cette fête une dimension très concrète.
Les cabanes dressées faisaient entrer la fête dans l’espace familial. On y prenait les repas, on y recevait, les familles s’y retrouvaient.
La soucca devenait ainsi, pour quelques jours, à la fois un lieu de mémoire, un espace familial et un lieu de transmission.
Ainsi se déployait le temps de Tichri : des Seli’hot à Roch Hachana, de Roch Hachana à Yom Kippour, puis de la gravité de Yom Kippour à la joie de Souccot.
Et tout cela était aussi affaire de transmission.
Les mélodies des Seli’hot ne s’apprenaient pas seulement dans les livres. Elles se transmettaient par l’écoute. Les gestes de Souccot ne s’apprenaient pas davantage dans de longs discours : il suffisait de regarder construire la soucca, la décorer et y prendre les repas.
C’est ainsi que la mémoire passe d’une génération à l’autre : par une voix, un chant, un geste, une habitude familiale.
À l’approche de Roch Hachana et de Yom Kippour, les Seli’hot nous invitent ainsi à retrouver ce temps intérieur : regarder l’année écoulée, reconnaître ce qui doit être réparé, demander pardon et assumer nos responsabilités.
De ces départs avant l’aube aux souccas élevées quelques semaines plus tard se dessine tout un chemin : du réveil à l’examen de soi, du jugement au pardon, du pardon à la joie, et de la mémoire à la transmission.

- La fuite d’Irak : l’histoire de Cordia Ezekiel
Cordia Sawdayee Ezekiel est une juive irakienne qui est née et a grandi à Bagdad, en Irak, à Saida et Fouad Sawdayee. Dans ce clip Instagram, elle raconte à la mizrahistoire comment la famille a échappé à Bagdad par le nord de l’Irak, avec l’aide des Kurdes. La route de contrebande a été empruntée par près de 2.000 Juifs irakiens à qui on a refusé des passeports pour quitter le pays.
En 1969, le régime irakien a organisé l’exécution publique de 14 personnes, dont neuf juifs après un procès-spectacle les accusant d’espionnage pour Israël. Les Juifs ont été arrêtés et emprisonnés et des dizaines ont disparu.
Lorsque Cordia Sawdayee avait six ans en 1970, et à la suite de plusieurs menaces sur leur vie, la famille a pris la décision difficile de fuir le pays, devenant l’une des premières familles irako-juives à le faire par le biais du Kurdistan et avec l’aide de passeurs kurdes.
Cordia se souvient d’avoir été embarquée dans un taxi au milieu de la nuit. Elle n’avait pas le droit de prendre ses poupées.
Leur voyage ardu de cinq jours consistait à être introduit clandestinement à travers les montagnes sur le dos des ânes ou des mulets, dans l’obscurité complète. Elle se souvient que sa mère est tombée de la mule.
La famille s’est rendue à la sécurité de l’Iran, puis amicale avec l’État juif, et a fait son chemin en Israël. Des années plus tard, ils sont arrivés au Royaume-Uni.

- Ceuta et Melilla : la frontière la plus fortifiée d’Europe joue aussi un rôle dans la vie religieuse juive
AFFAIRES DE LA DIASPORA: Les Espagnols Ceuta et Melilla sont devenus le centre d’une crise migratoire, relançant les tensions géopolitiques tout en mettant en évidence un carrefour de l’histoire et de la culture juives.
Chaque année, le rabbin Aaron Peretz monte dans un véhicule de patrouille de la Garde civile espagnole et passe plusieurs heures à conduire le long de la clôture en acier de 12 kilomètres séparant la ville espagnole de Melilla du Maroc.
Pour la plupart des gens, la barrière est l’une des frontières les plus connues d’Europe, construite pour empêcher la migration illégale vers l’Union européenne. Renforcé par des caméras et des dispositifs anti-escalade, il est devenu un symbole de la lutte de l’Europe pour contrôler sa frontière sud.
Pour Peretz, cependant, l’inspection annuelle n’a rien à voir avec l’immigration.
« Peu de gens le savent », dit-il avec le sourire après avoir quitté le kollel de Melilla (institut d’étude à temps plein de la Torah), accompagné de plusieurs de ses enfants. « La barrière de sécurité sert également d’éruv de la ville [limite halachique permettant aux Juifs de porter sur Shabbat]. Nous n’avons pas besoin d’en construire un. Chaque année, nous vérifions simplement que l’enceinte reste intacte. »
C’est une histoire unique de Melilla: l’infrastructure construite pour la sécurité est également devenue une partie de la vie religieuse juive.
Quelques jours seulement avant notre conversation, une autre clôture – à 400 kilomètres de la ville espagnole voisine de Ceuta – est devenue le centre d’attention internationale après que des dizaines de milliers de ressortissants marocains se soient introduits sur le territoire espagnol dans la plus grande crise frontalière à laquelle l’Espagne a été confrontée depuis des décennies.
Les images ont choqué l’Europe et incité Madrid à déployer des forces de sécurité supplémentaires. Mais pour les habitants de Ceuta et Melilla, les événements représentaient quelque chose de plus profond qu’une autre urgence migratoire. Ils ont ravivé les craintes de longue date sur la vulnérabilité des deux seules villes d’Espagne sur le continent africain.
En parcourant le centre compact de Melilla, il est facile d’oublier à quel point il est exposé stratégiquement. Les églises catholiques, les mosquées, un temple hindou et les synagogues se trouvent dans quelques rues les unes des autres, reflétant plus d’un siècle de coexistence multiculturelle. Lire la suite

- Critique de livre : Une histoire vraie déguisée en roman
Par Lyn Julius
Le couturier de Bagdad est basé sur l’histoire vraie de la mère d’Orna Zaig, publiée en 2025 dans Kindle. Zaig est l’un des auteurs (la plupart des femmes) écrivant en anglais qui ont essayé de recréer un monde disparu construit à partir des histoires qu’ils ont entendues de parents plus âgés.
Les parents d’Esther sont des orateurs araméens du nord de l’Irak, probablement des Juifs kurdes. C’est un mystère pour lequel ils se sont déplacés à Bagdad. Ce sont des travailleurs qui luttent pour établir leur place dans la société juive stratifiée de Bagdad.
La petite enfance d’Esther est marquée par la perte de sa mère. Alors que son père, Abu Salman, est affligé pour sa femme bien-aimée, Esther est laissée pour élever ses frères cadets, Salman et Tzion. Elle est retirée de l’école tôt pour se concentrer sur sa passion d’être une couturière, recréant les robes portées par les stars de cinéma américaines. Lire la suite

- Le combat d’un homme pour préserver la mémoire des Juifs de Libye
David Gerbi a fui un pogrom dans sa Libye natale en 1967, mais est l’un des rares Juifs à être retourné dans le pays, seulement pour avoir dû s’échapper avec sa vie. Sans se décourager par les échecs passés, il dit à Laurent Cudkowicz dans le Times of Israel qu’il espère toujours s’engager avec les autorités libyennes et aller vers la normalisation et la réconciliation.
Y a-t-il un inventaire des sites et des artefacts du patrimoine juif en Libye?
À ma connaissance, certains restes existent encore dans le quartier juif de Tripoli. Il y a aussi un « centre de documentation » situé dans les anciens locaux de la Yeshiva Dar Seroussi. Ce centre abrite de nombreux documents, rouleaux de la Torah, *ketubot* (contrats de mariage), et ainsi de suite. Les autorités libyennes ont rassemblé tout ce qu’elles ont trouvé dans les synagogues et d’autres sites juifs et ont tout consolidé en ce qu’elles appellent le « centre de documentation ».
Il contient également du marbre récupéré dans les cimetières qu’ils avaient détruits.
J’ai également appris par l’ambassadeur d’Italie que les sous-sols de l’hôtel de ville de Tripoli sont remplis de dossiers d’état civil concernant les Juifs: certificats de naissance, certificats de décès, actes de propriété, etc. Certains de ces documents sont également conservés à l’ambassade d’Italie à Tripoli. Comme la Libye était une colonie italienne, elle possède naturellement certains de ces documents. Il y a aussi des documents secrets.
Y a-t-il certains objets que vous seul avez vus ?
Oui, je suis le seul à savoir où ils sont et les a vus. Lorsque Kadhafi m’a proposé l’accord [Kadhafi a conditionné la libération de la tante de David Gerbi – le dernier Juif restant en Libye jusqu’en 2002 – pour avoir contribué à normaliser les relations entre la Libye et les États-Unis], il voulait me montrer beaucoup de ces artefacts juifs afin de me manipuler et d’augmenter ma motivation pour accomplir ma fin de marché. J’ai pu voir ces objets; je suis le seul à avoir, et beaucoup de gens m’interrogent à leur sujet.
Y a-t-il une différence entre la façon dont ces objets sont conservés dans la région de Tripoli en Libye et dans la région de Benghazi?
Oui, il y a une différence. À Benghazi, les seules traces que j’ai pu voir étaient les restes de Juifs libyens dans un entrepôt, quelques pierres tombales et une ancienne synagogue qui avait été convertie en église. D’ailleurs, à Tripoli, j’ai aussi vu d’anciennes synagogues qui avaient été converties en mosquées.
Quelle est la situation actuelle en Libye, en particulier en ce qui concerne les Juifs ?
C’est un jeu familier. Rhétoriquement, les Juifs sont décrits comme des Libyens comme des autres Libyens. Mais en réalité, un Juif ne peut pas se rendre en Libye; ils seraient emprisonnés. Un juif qui demande un visa d’entrée se heurterait à divers obstacles et questions découlant du récit de l’ère Kadhafi: «Regardez ce qu’Israël fait à la Palestine! Nous avons saisi vos biens à cause de ce qu’Israël a pris aux Palestiniens. » Pourtant, Kadhafi n’a pas pris de propriété juive pour donner aux Palestiniens; il l’a gardée pour lui-même personnellement.
La haine envers les Juifs remonte au règne du roi Idris. [Le roi Idris a dirigé la Libye de 1951 à 1969 avant d’être renversé dans le coup d’État de Kadhafi.] Pogroms a eu lieu pendant son règne.
Oui, il y avait des pogroms en 1945, 1948 et 1967. En 1942, le régime était nazi-fasciste; il a déporté 712 Juifs libyens, dont 562 sont morts dans le camp de concentration de Giado en Libye. La haine des Juifs ne cesse de monter.
Le pogrom de 1945 a entraîné la mort de 133 Juifs. Elle a été encouragée par les autorités britanniques, qui voulaient utiliser cette violence pour démontrer que la population libyenne était trop « barbare » pour gérer l’indépendance. Lire la suite

- Daoud, nationaliste et sioniste égyptien
Par Pierre Hazan
Extrait de « Les Juifs, les Arabes, ma famille et moi »
« Même si l’héritage des Juifs d’Orient a largement disparu, je veux me rappeler qu’il existait autrefois. Et si elle existait autrefois, elle peut exister à nouveau sous une forme encore à inventer. La coexistence judéo-arabe n’était pas un concept pour Moshe, Daoud, Maurice et Elie: c’était une réalité quotidienne », écrit Pierre Hazan dans un livre récemment publié aux Editions Textuel. Il mélange l’histoire familiale avec l’histoire politique pour explorer ce que les identités juive et arabe ont depuis longtemps en commun et ce qui a provoqué des conflits entre elles. Les extraits que nous publions sont dédiés à Daoud, un nationaliste et sioniste égyptien…
Quand David devint Daoud
ersonne ne m’avait jamais parlé de mon arrière-oncle David Hazan, le petit-fils de Moshe. Il est mort en 1946, bien avant ma naissance. J’ai découvert son existence presque par hasard. Une ou deux fois, enfant, j’avais entendu son nom mentionné en passant par mon père ou son cousin, le fils de David. Rien de plus. Je n’avais aucune photo de lui, aucune information d’aucune sorte. Dans les rares occasions où mon père et son cousin – tous deux nommés Elie – étaient d’accord sur quoi que ce soit, c’était pour dire que David « était un bizarre ». Un bizarre-ball ? Les deux Elies semblaient désapprouver les choix que David avait faits, des choix dont on ne parlait jamais, du moins pas dans mon audition. Je pensais que je me suis souvenu d’eux une fois en disant que David avait été un officier dans l’armée ottomane. Cela n’avait aucun sens pour moi, et n’a ajouté qu’au mystère: pratiquement personne dans ma famille n’avait été enclin à l’armée. Qu’aurait fait ce grand-oncle dans l’armée ottomane ? Surtout depuis que je croyais que j’étais le premier depuis de nombreuses générations à avoir fait le service militaire, bien qu’en Suisse. J’ai commencé à douter des quelques échos du passé qui me venaient à l’esprit. Je ne pense pas que la famille ait jamais utilisé le mot « naïf » pour décrire David, mais, avec le recul, je sens qu’ils le considéraient comme un « perdant ». Je suis devenu curieux. Comment avait-il échoué et pourquoi la famille l’avait-elle radié ? Sans le connaître, il y avait quelque chose dans ce grand-oncle que je n’avais jamais vu qui m’avait ému. J’ai senti qu’il s’était aventuré hors des sentiers battus, loin du conservatisme de la famille – et cela m’a plu. Quelle direction avait-il prise ?
J’ai creusé un peu et Internet a fini par donner quelques indices. L’Annuaire juif de 1942 a révélé les causes de David – et quelques surprises. Dans son entrée biographique, David Hazan est répertorié comme Daoud Hazan, comme David avait arabisé son nom. Pourquoi ? Et quand ? L’araborisation de son nom n’est pas une question triviale, surtout quand on est le fils aîné du grand rabbin d’Alexandrie, lui-même héritier d’une longue lignée de rabbins distingués. J’ai été tout aussi surpris d’apprendre que David est né à Jérusalem en 1869: j’avais supposé que nos racines égyptiennes étaient beaucoup plus profondes. David devenu-Daoud était un Juif de Palestine. Lire la suite

- Jerry Orbach : de Broadway à « New York, police judiciaire », le parcours d’un acteur aux racines séfarades
Jerry Orbach est un acteur et chanteur américain, né le 20 octobre 1935 à New York où il est mort le 28 décembre 2004. Deux de ses rôles les plus connus sont les personnages de Lennie Briscoe, l’inspecteur de New York, Police judiciaire et Harry McGraw, le détective privé dans Arabesque.
Biographie
Enfance
Jerry Orbach naît dans le quartier du Bronx. Son père, Leon Orbach, juif sépharade venu de Hambourg, tient un restaurant tout en se produisant comme acteur de Vaudeville. Sa mère, Emily Olexy, née en Pennsylvanie dans une famille catholique d’origine polonaise et lituanienne, est chanteuse à la radio.
Théâtre
Il fait ses débuts sur scène en 1955 dans l’adaptation en anglais de L’Opéra de quat’sous de Bertolt Brecht et Kurt Weill off-Broadway. Il décroche la même année un petit rôle dans l’adaptation cinématographique de la comédie musicale Blanches colombes et vilains messieurs. Il est remarqué en 1960 pour sa création du rôle de El Gallo dans la comédie musicale The Fantasticks d’Harvey Schmidt et Tom Jones. Après une reprise de Blanches colombes et vilains messieurs en 1965 (cette fois dans le rôle principal), il donne la réplique à Ethel Merman pour la reprise d’Annie Get Your Gun en 1966, enregistrée l’année suivante pour la télévision et diffusée sur NBC.
En 1968, il crée la comédie musicale Promises, Promises de Neil Simon, Burt Bacharach et Hal David, qui lui vaut un Tony Award du meilleur acteur dans une comédie musicale et un Drama Desk Award de la meilleure interprétation, suivi des créations de Chicago de Bob Fosse, Fred Ebb et John Kander en 1975 et 42nd Street de Michael Stewart, Mark Bramble et Bradford Ropes en 1980.
Télévision
À la télévision, son interprétation du rôle épisodique du détective privé Harry MacGraw, ami de Jessica Fletcher, dans la série Arabesque, incite les producteurs à lui confier le rôle principal d’une série dérivée, La Loi du privé (The Law and Harry McGraw). Mais c’est surtout son rôle de Lennie Briscoe dans la série télévisée New York, police judiciaire qui lui apporte la popularité et avec laquelle il gagnera un Screen Actors Guild Award du meilleur acteur dans une série télévisée dramatique.
Cinéma
Au cinéma, il interprète notamment le rôle du frère de Martin Landau dans Crimes et Délits de Woody Allen, et celui du père de Jennifer Grey dans Dirty Dancing. Il prête aussi sa voix à Lumière dans le long-métrage d’animation La Belle et la Bête et ses suites, dans lesquels on peut l’entendre s’exprimer dans un français parfait.
Vie privée
De 1958 à 1975 il est marié à Marta Curro avec qui il aura deux enfants, Anthony Nicholas et Christopher Benjamin puis de 1979 à son décès à Elaine Cancilla, qui lui survivra jusqu’en 2009.
Décès
En janvier 1994, on lui déclare un cancer de la prostate et le 28 décembre 2004, il meurt de ce même cancer au Memorial Sloan-Kettering Cancer Center de New York . Lire la suite
Evénements en cours ou à venir

- Noa Eshkol, 1924-2007. Danse et compositions – Dimanche 30 août 2026 11h15-12h30 – mahJ
Autour de l’exposition « Noa Eshkol. 1924-2007. Danse et compositions »
par Pascale Samuel, commissaire de l’exposition ou Orlie Taïeb, conférencière du mahJ

- Journées européennes de la culture juive – Dimanche 6 septembre 2026 de 10h à 18h – mahJ
Les juifs et la France : une histoire d’amour
Dans le cadre du festival Traversées du Marais, du 4 au 6 septembre 2026
Moment de célébration historique et culturelle, cette journée invite le public à découvrir une histoire complexe de l’Antiquité à nos jours, faite d’expulsions, d’émancipation, de trahison, de renaissance et d’incertitude.
Dans la cour d’honneur se tiennent la traditionnelle braderie de livres d’occasion et le salon du livre qui réunit une trentaine d’auteurs en dédicace. Essais, ouvrages d’histoire, romans et témoignages personnels offrent différentes perspectives sur l’histoire et la condition des juifs en France. Une table ronde à l’auditorium, en partenariat avec la revue K., vient ponctuer la journée, interrogeant au présent le lien entre les juifs et la France. Des visites guidées thématiques dans les collections du musée offrent aux visiteurs la possibilité d’appréhender les moments importants de cette longue histoire.
« Les juifs et la France : une histoire d’amour » se veut une journée de partage et de réflexion, sur l’engagement d’une minorité pour la République et ses valeurs, la mémoire d’un passé douloureux et les enjeux contemporains. Billetterie

- Soirée Jazz et vins israéliens – Mardi 13 octobre 2026 à 19h00 précises – Centre Européen du Judaïsme
Avec le Yogev Shetrit Trio – Du 24 juin au 1er novembre 2026 – mahJ
Vous serez ravis par la musique proposée par ces excellents musiciens, qui conjuguent le jazz avec de superbes sonorités orientales. Nous espérons vous voir nombreux pour leur témoigner votre soutien, dans la grande salle de spectacle du CEJ.
Depuis 2016, ce trio propose des créations originales où le jazz se teinte des traditions musicales d’Afrique du Nord, des héritages gnawa et andalous, issus des racines marocaines de Yogev.
Dégustation de vins israéliens

- Marc Chagall. « Jour de fête », 1914 – Du 24 juin au 1er novembre 2026 – mahJ
Le mahJ présente cette œuvre majeure et énigmatique de Marc Chagall, analysée et interprétée par sept personnalités : historiens de l’art, philosophes et sociologues.
Œuvre emblématique de Chagall, Jour de fête a été peinte à Vitebsk en 1914, au retour de l’artiste dans sa ville natale après quatre années passées à Paris. Fortement inspirée par son environnement religieux, cette toile renvoie à l’iconographie de la fête des Cabanes (Soukkot), l’une des fêtes majeures du judaïsme.
Pour interpréter cette œuvre énigmatique, l’accrochage est accompagné de sept pastilles sonores proposant une lecture par l’historien Jean Baumgarten, le yiddishiste Arnaud Bikard, l’historien de l’art Itzhak Goldberg, l’artiste Franck Leibovici, le rabbin et philosophe Marc-Alain Ouaknin, la conservatrice Pascale Samuel et la psychologue Nathalie Zajde.
À l’occasion de ce prêt exceptionnel par la Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen de Düsseldorf, le mahJ propose une nouvelle présentation de ses collections en lien avec la fête de Soukkot. Réservations
- Ça chante comme ça vient, le seul en scène musical de Marc Fichel pour ouvrir la saison culturelle de l’ECUJE – dimanche 6 septembre 2026 à 19h

Le dimanche 6 septembre 2026 à 19h, l’ECUJE ouvre sa nouvelle saison culturelle avec Ça chante comme ça vient, le premier seul en scène musical de Marc Fichel.
Cette soirée viendra clôturer la Journée portes ouvertes de l’ECUJE, organisée de 14h à 19h. Après un après-midi consacré à la découverte des activités, des équipes et des grands rendez-vous de la saison, le public est invité à prolonger la fête avec un spectacle joyeux, interactif et plein de surprises.
Dès 18h, juste avant de vous donner la patate sur scène, Marc Fichel vous invite à mettre la main à la frite avec un atelier cuisine !
Auteur, compositeur et interprète, Marc Fichel puise son inspiration dans ses racines, sa passion pour la musique et sa vie au cœur du marché de Rungis, où il travaille comme directeur export. Sur scène, il mêle chansons, récits, humour et improvisation. À partir des mots proposés par le public, il compose en direct et transforme chaque représentation en une expérience unique, vivante et chaleureuse.
Dix ans après son premier single, C’est ma vie dans les Halles, il présente un spectacle où se croisent passion, travail, vivre ensemble et anecdotes inspirées du quotidien du plus grand marché du monde.
Mis en scène par Jean-Philippe Bêche, sous la direction artistique de Laurence Lustyk et sur une idée originale de Maguy Perez, Ça chante comme ça vient promet un moment généreux, fédérateur et résolument festif.
À la veille des fêtes de Tichri, cette soirée portera également une dimension solidaire essentielle : les recettes du spectacle seront dédiées aux actions sociales de l’ECUJE. En réservant sa place, chaque spectateur contribuera concrètement à soutenir les personnes et les familles accompagnées par l’institution, afin que les fêtes puissent être vécues par tous avec davantage de dignité et de sérénité.
Et pour prolonger l’esprit de fête, chaque spectateur repartira avec un cadeau surprise.
Une belle manière d’ouvrir ensemble la saison culturelle de l’ECUJE, en réunissant la musique, la rencontre et la solidarité.
- Cours de danses israéliennes avec Hedva Cohen – niveau débutant – Mardi de 18h à 19h00, à partir du 22 septembre 2026 – ECUJE

Rejoignez les cours de danses israéliennes de l’ECUJE pour explorer la richesse et la diversité des danses traditionnelles et contemporaines d’Israël.
Au cœur de Paris, dans une ambiance de grande convivialité, cette expérience unique vous offrira non seulement l’opportunité de bouger au rythme des mélodies envoûtantes, mais aussi de vous plonger dans une culture vibrante et chaleureuse.
Au rythme et aux pas variés, vous pourrez parcourir un répertoire en perpétuel évolution.
Que vous ayez déjà dansé ou non, que vous soyez jeune ou un peu moins, venez nous rejoindre le mardi soir dans une ambiance conviviale et pleine de bonne humeur.
Pour les danseurs débutants, le cours a lieu tous les mardi de 18h à 19h à l’ECUJE. Inscrivez-vous dès maintenant et laissez-vous emporter par la magie de la danse !
En plus des cours hebdomadaires, on vous propose également des stages avec des chorégraphes de renommé internationale et des journées dédiées aux danses israéliennes plusieurs fois par an.



Nouvelles lectures

- Chrétiens et juifs dans l’islam arabe et turc de Courbage Youssef et Fargues Philippe
Nous autres, Occidentaux, voyons l’islam méditerranéen régner sans partage sur les sociétés du Sud. Il lui fallut pourtant mille ans pour emporter progressivement l’adhésion des populations qui lui sont aujourd’hui acquises.
Ce millénaire fut loin d’être une ère de coercition et de violences constantes. Çà et là, le christianisme et le judaïsme survécurent, prospérèrent même. Chaque période de confrontation n’en fut pas moins prolongée par un regain de fondamentalisme musulman : puritanisme almohade après les premières victoires de la Reconquista espagnole ; intransigeance mamelouke pendant les croisades ; panislamisme du sultan Abdul-Hamid en riposte aux humiliations occidentales ; montée d’un néo fondamentalisme islamique après la création d’Israël…
Bref, au terme d’une période de latence, la réaction après l’action.
Plus d’une fois, cependant, l’histoire montra qu’au déclin pouvait succéder le rebond. La rétraction que connaissent les chrétientés arabes depuis que l’Orient est divisé en nations pourrait bien n’être qu’une éclipse…
Youssef Courbage, ancien expert à l’onu, est chercheur à l’Institut national d’études démographiques (ined). Il a notamment publié La Démographie en Méditerranée (Economica, 2001).
Philippe Fargues, lui aussi chercheur à l’ined, enseigne à l’Institut d’études politiques de Paris et à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (ehess). Il est notamment l’auteur de Générations arabes (Fayard, 2001)
Édition : Payot, 360 pages Lire la suite
- Tunis-La-Juive Raconte d’André Nahum

Le monde méditerranéen déborde d’odeurs, de lumières et de personnages hauts en couleurs. Plongeant dans la mémoire judéo-arabe, c’est Tunis-la-juive qu’André Nahum a choisi cette fois de faire revivre. A travers les cris de sa rue, ses blagues, ses personnalités pittoresques mais aussi ses contes de Ch’hâ, les proverbes et locutions typiques, quelques chansons traditionnelles – et jusqu’à la résistance par l’humour sous l’occupation allemande -, il brosse à grands traits le tableau coloré d’un monde aujourd’hui disparu.
Édition : Desclée de Brouwer, 137 pages Lire la suite