Isabelle n’eut pas à attendre longtemps puisque, le 12 décembre de la même année 1474

MI72

Par Didier Nebot

Dieu rappela à lui le souverain. Elle força alors le destin en s’appropriant la couronne de Castille, qui devait revenir de plein droit à Jeanne la Beltraneja, fille de son frère Henrique IV et véritable héritière du trône.

Scandalisé par l’attitude d’Isabelle, le roi Alphonse V du Portugal vint au secours de sa jeune nièce Jeanne pour la restituer dans ses droits. Il leva une armée à l’encontre de l’usurpatrice. Mais il était âgé et la flamme de sa jeunesse s’essoufflait. Malgré ses efforts, il ne put contrecarrer les desseins d’Isabelle qui, en 1476, assit définitivement son autorité sur la Castille. Le prestige de la souveraine était indéniable. Elle était très populaire et savait soulever les foules, qu’elles soient juives ou chrétiennes. On salua même son avènement dans toutes les synagogues par des prières et des fêtes.

La reine Isabelle

“Amis et frères, entendait-on, le roi Henrique est mort et nous devons prier pour le salut de son âme. Mais nous ne pouvons que nous réjouir car la bonne dona Isabelle viens de lui succéder: une ère de paix et de prospérité s’ouvre en Espagne. Cette femme juste et généreuse nous rendra notre dignité. Cependant, notre bonheur doit être tempéré car beaucoup des nôtres, convertis au christianisme, sont dans la tourmente. Mais il faut garder espoir: la sagesse d’Isabelle saura résoudre ce problème.”

Tous se trompaient. Isabelle voulait une et Espagne puissante et saine, il lui fallait pour cela régler un problème épineux: Le royaume de Grenade. Si Henrique IV avait vécu dans l’insulte permanente de cette tâche sur la carte, isabelle, elle, ne pouvait l’admettre davantage. D’autant que dix ans auparavant, Moulay Aben Hacen, le roi de Grenade, avait refusé de payer le tribut annuel qui assurait aux deux royaumes un statu quo aux allures de paix. Avant d’entreprendre une reconquête certainement difficile, la reine décida d’envoyer un preux et dévot chevalier, don Juan de Vera, parlementer avec Moulay Aben Hacen. Si celui-ci remboursait de nouveau le tribut, un arrangement serait possible. S’il refusait, la guerre était inévitable.

Une bande de terre aride et inhabitée tenait lieu de frontière entre l’Espagne Chrétienne et l’Espagne mauresque. Nulle surveillance, aucun soldat, seuls passaient là ceux qui y étaient obligés. Après quelques heures de marche, Don Juan de Vera, précédés d’une faible escorte, entra dans Grenade par la fameuse porte d’Helia. La foule se pressa devant eux. Souvent de preux chevaliers se rendaient dans leur cité, pour y trouver gloire et fortune en rivalisant dans des tournois singuliers avec les champions sarrasins. Étaient-ils de ceux-là ?

“Je suis porteur d’un message de la reine Isabelle de Castille à l’intention du Prince Moulay Aben Hacen”, annonça Juan de Vera aux gardes venus à sa rencontre.

Assis sous un dais magnifique et entouré des grands du royaume de Grenade, le prince le reçut dans le salon des ambassadeurs de l’Alhambra.

“Je viens, au nom de notre souveraine bien-aimée vous réclamer les deux mille  doublons d’or représentant l’arriéré du tribut payé chaque année par les rois de Grenade à ceux de Léon et de Castille. Jusqu’à 1465, cet engagement était respecté. A cette date, montant sur le trône de vos ancêtres, vous avez refusé d’honorer votre dette. Mes souverains ne sauraient tolérer que cette situation se prolonge plus longtemps.”

Le prince sourit, jeta un coup d’œil furtif à ses conseillers, comme pour partager avec eux la drôlerie de ce discours, et dit de sa voix lente: “Allez, et dites à votre Reine que les rois de Grenade qui payaient tribut aux chrétiens sont morts depuis longtemps. Dites-lui qu’à Grenade on ne forge plus que des cimeterres et des piques de lances contre nos ennemis.”

Ces mots allaient déclencher la dernière phrase de la Reconquista.

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