La communauté juive de Syrie à travers les XXe et XXIe siècles

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La présence juive en Syrie, l’une des plus anciennes communautés juives du monde, était au bord de l’extinction. On estime qu’en 1948, après la création d’Israël, des milliers des quelque 40 Juifs qui y vivent ont quitté le pays. Dans les décennies suivantes, soumises à une violente répression gouvernementale, la population juive a diminué. Aujourd’hui, il ne reste que quatre Juifs en Syrie.

Au début du XXe siècle, la communauté juive en Syrie était encore grande, bien que des milliers de Juifs aient déjà quitté le pays à la recherche de meilleures opportunités. Les deux plus grandes communautés étaient encore Damas, où 1911 Juifs vivaient en 11, et Alep, avec 9.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate en juillet 1914, les Ottomans se rangent du côté de l’Allemagne et de l’Autriche dans leur lutte contre la France et le Royaume-Uni. À la fin de la guerre, l’Empire ottoman a été démembré parmi les nations victorieuses, et lors de la Conférence de San Remo en 1, la France a reçu le mandat sur le Liban et la Syrie, et la Grande-Bretagne a reçu le mandat sur la Palestine ottomane et l’Irak.

Sur le territoire sous le Mandat français, Paris crée deux entités politiques: le Liban et la Syrie. L’opposition à la domination européenne alimente la croissance du nationalisme arabe laïc.1, un fervent opposant à l’implication occidentale dans le monde arabe. Le nationalisme arabe s’était heurté au sionisme, qui cherchait la création d’une patrie nationale juive en Terre d’Israël. Cette confrontation a entraîné un changement dans l’attitude générale des Arabes envers les Juifs, qui sont devenus perçus comme une menace politique.

En 1925, un soulèvement armé contre le mandat français éclate en Syrie. À cette occasion, les rebelles syriens sont entrés dans le quartier juif de Damas, Haret Al-Yahud, situé dans la vieille ville, pillant des magasins et des maisons, tuant plusieurs Juifs et en blessant des dizaines d’autres. Les troupes françaises répriment violemment la rébellion, qui durera jusqu’en 1927, pilonnant même la vieille ville de Damas. Lire la suite

  • Le massacre d’Alger en 1805, un pogrom oublié

par Serge Dahan
Président de l’INSSEF

L’antisémitisme qui s’exprime dans les violences d’Alger en 1805 prend ses racines dans un antijudaïsme religieux ancien, issu de la culture de l’islam et transmis dans les sociétés du Maghreb.
Ce massacre oublié révèle les racines religieuses et aussi sociales de l’antisémitisme musulman en Algérie.

Dans l’ordre musulman traditionnel, les Juifs et les chrétiens sont les « gens du Livre », tolérés mais soumis.
Leur statut de dhimmi leur permet de vivre parmi les musulmans, mais sous conditions : paiement d’un impôt spécial, port de signes distinctifs ; interdiction de construire des habitations qui dépassent en hauteur celles des voisins musulmans, interdiction de monter à cheval, interdiction d’occuper des fonctions de pouvoir…

Ce statut repose sur l’idée d’une supériorité spirituelle et sociale du musulman, les sources islamiques contiennent de nombreux versets accusateurs sur les Juifs, aussi en temps de crise, le Juif devient un bouc émissaire tout désigné.

En Algérie, à cette époque, les Juifs vivaient majoritairement dans des quartiers fermés, ils étaient tolérés mais marginalisés.
Cette distance sociale et morale formait un terreau d’hostilité latent, prêt à se transformer en violence.

Sous la Régence ottomane, du XVIᵉ au XIXᵉ siècle, l’Algérie était gouvernée par un Dey et une caste militaire turque.
Dans ce système, malgré son statut, la communauté juive d’Alger a joué un rôle économique central.
Des familles puissantes, notamment les Bacri et les Busnach, s’étaient imposées comme banquiers et conseillers du Dey, gérant le commerce du blé, les finances publiques et les relations diplomatiques, notamment avec la France.

Leur réussite, exceptionnelle pour des dhimmis, suscita la jalousie et la haine de nombreux musulmans.
On les accusait de manipuler le Dey, de s’enrichir indûment et de trahir les intérêts de la Régence.

En 1805, le Dey Mustapha prit le pouvoir dans un contexte explosif : l’armée turque menaçait de se rebeller ; les caisses étaient vides ; la population souffrait de la misère.
En 1805 Naphtali Busnach, conseiller du Dey, a été assassiné par un janissaire

Pour justifier ce crime les janissaires accusèrent Naphtalie Busnach de corruption et de trahison.
Ce meurtre servit de détonateur et de prétexte à un déferlement de haine
La foule se jette sur le quartier juif d’Alger et pendant plusieurs jours, les maisons sont pillées, les synagogues profanées, les habitants massacrés.
Des centaines de Juifs furent tués, et les survivants contraints à fuir.
Cet épisode, presque effacé de la mémoire collective, illustre la profondeur de la haine musulmane en Algérie avant la colonisation française et la longue histoire d’un antisémitisme enraciné.

Alors que la ville sombre dans le chaos, le consul de France à Alger, M. Dubois-Thainville, prend la décision courageuse d’ouvrir les portes du consulat à tous les Juifs cherchant refuge.
Plusieurs centaines d’hommes, de femmes et d’enfants ont ainsi trouvé refuge, protégés par le drapeau français.
Le Dey, craignant une rupture diplomatique avec Napoléon, interdit toute attaque contre la légation.

Avec cet acte de bravoure la France se forge une image flatteuse, celle d’une puissance civilisée et protectrice des minorités.

Bien sûr il se jouait aussi pour la France, une dimension économique et diplomatique : les familles Bacri et Busnach étaient créancières de la France pour d’importantes fournitures de blé aux armées napoléoniennes.
Cette dette non réglée alimenta la discorde entre Paris et Alger et conduira, en 1827, à l’affaire du “coup d’éventail”, raisons officielle à la conquête française de l’Algérie.

Le massacre d’Alger de 1805 illustre comment un antisémitisme religieux ancien pouvait se transformer en une violence populaire contre les membres de la communauté juive.
Le Juif, perçu comme inférieur, n’était toléré qu’à condition de rester soumis.
Dès qu’il sortait de ce rôle, par la richesse ou l’influence, il redevenait la cible de cette haine.

Avec la colonisation, cette logique a été bouleversée, le décret Crémieux fait, en 1870, des Juifs d’Algérie des citoyens français.
L’ancien dhimmi devient, dans l’imaginaire populaire musulman, l’allié du colonisateur.
Cette nouvelle situation a été vécue par les populations musulmanes comme une trahison, une humiliation et transforma la haine religieuse en haine politique.

Le massacre d’Alger de 1805, qui a commencé par l’assassinat de Naphtali Busnach, demeure un témoin fondamental de l’histoire judéo-musulmane d’Algérie.

Ce drame, longtemps étouffé, rappelle une vérité dérangeante : la haine des Juifs dans le monde musulman ne naît pas de la colonisation.
Elle plonge ses racines dans un système ancien de hiérarchie religieuse et sociale, bien antérieur à l’ère moderne, que l’histoire a transformé, politisé et instrumentalisé.

Cette hostilité envers les Juifs ne se réduit pas à une lecture religieuse du passé. Elle s’est nourrie d’une histoire coloniale tourmentée, puis d’idéologies venues d’Europe (nationalisme, antisionisme, complotisme) qui ont donné à cet héritage une nouvelle vigueur.

Depuis 1948, la création de l’État d’Israël, les guerres israélo-arabes et la question palestinienne ont servi de catalyseurs a l’antisémitisme. Portées par des propagandes islamiques, politiques, étatiques et médiatiques, ces narrations entretiennent le refus même de la souveraineté juive en Israël et consolident les formes contemporaines, religieuses et idéologiques, de l’antisémitisme dans le monde musulman.

  • D’où vient vraiment le mot “pied-noir”?

Né d’interprétations multiples, le mot “pied-noir” raconte à lui seul l’histoire complexe de l’Algérie coloniale. D’abord injure, il devient au fil du temps un marqueur identitaire pour les rapatriés de 1962.

Origines controversées

L’origine du mot, encore disputée, est révélatrice des bouleversements de la colonisation. Longtemps, les historiens ont avancé que ces “pieds noirs” faisaient d’abord référence aux militaires français arrivés en Algérie, en 1830, en raison de la couleur de leurs bottes. Sauf que cette hypothèse ne repose sur rien, selon l’historien Guy Pervillé, spécialiste de l’Algérie coloniale. Deuxième interprétation avancée par les historiens, sans doute plus probable : il s’agirait d’un terme dépréciatif apparu au début du XXe siècle et ayant désigné les Algériens autochtones.

Du mépris à l’identité

En 1934, à Alger, l’hebdomadaire La Défense publiait, par exemple, des injures racistes appliquées aux “indigènes” : “bicot” y jouxtait “pied noir”, expression pointant la saleté des pieds, signe de misère et de travaux difficiles. Mais comment en est-elle venue alors à qualifier les Français d’Algérie ? C’est au lendemain de l’insurrection de novembre 1954 que le terme désigna les rapatriés d’Afrique du Nord. Une façon dédaigneuse de les assimiler aux autochtones algériens et pourtant reprise à leur compte, plus tard, par les pieds-noirs eux-mêmes… Lire la suite

  • L’Algérie efface son passé… et plonge dans l’abime !

L’Algérie efface 2800 ans de présence juive : La destruction, en 2025, d’un des derniers symboles de la présence juive à Alger n’est pas un simple acte d’urbanisme ou de reconversion religieuse. 

C’est une amputation volontaire de la mémoire. En rasant ou transformant ce qui restait des synagogues, en effaçant toute trace visible du judaïsme nord-africain, l’Algérie ne détruit pas seulement des pierres : elle efface une partie constitutive de son identité, une part essentielle de son âme.

La synagogue avant sa destruction

Depuis près de 2800 ans, les Juifs ont participé à la naissance, à la croissance et à la culture du Maghreb. Bien avant même l’arrivée de l’islam, ils vivaient sur cette terre, aux côtés des Berbères et des Phéniciens, y apportant leur foi, leur langue et leurs traditions. 

Les communautés juives de Tlemcen, Constantine, Oran ou Alger furent, pendant des siècles, des foyers de spiritualité et de savoir. De ces cités sont sortis des poètes, des rabbins, des philosophes et des commerçants qui ont contribué à la prospérité et à la richesse culturelle du pays.

Mais l’Algérie actuelle, sous le régime du président Abdelmadjid Tebboune, semble vouloir rompre définitivement avec cette histoire plurielle. La récente décision de détruire à Alger une ancienne synagogue, l’une des dernières traces de la présence juive dans la capitale, marque une étape supplémentaire dans un processus d’effacement méthodique. 

Déjà, dans plusieurs villes, des synagogues avaient été transformées en mosquées ou en bâtiments administratifs, sans aucune plaque, sans mémoire, sans respect pour ce qu’elles représentaient. Ces lieux de prière, autrefois vivants de chants hébraïques et de ferveur, deviennent des symboles inversés, des coquilles vides maquillées sous le vernis d’une unité nationale artificielle. Lire la suite

  • Le billet de Richard Prasquier – Dhimma et dhimmitude

Le terme de dhimmitude a été popularisé il y a trente ans par Gisèle Littman dans un livre intitulé Les Chrétientés d’Orient : Entre jihad et dhimmitude (Jean-Cyrille Godefroy Éditions, décembre 2006).  C’est peu dire qu’il a été critiqué, provenant d’une historienne non académique publiant parmi des spécialistes de l’Islam qui, à cette époque où la Shoah s’imposait dans la mémoire de l’Occident, soulignaient en général que l’Islam par contraste avait laissé une place à ses minorités et l’Andalousie du Moyen Âge était l’exemple continuellement cité d’un glorieux « vivre ensemble », une image que les historiens d’aujourd’hui ont beaucoup nuancée.

Gisèle Littman, qui avait pris le surnom de Bat Ye’or, la fille du Nil, était née en Égypte, en avait été chassée comme la totalité de la communauté juive de ce pays et suspectait que l’argument de lutte contre le sionisme, appliqué à une communauté entière, cachait en réalité une hostilité plus diffuse à l’égard du judaïsme.

Si Bat Ye’or forgea le mot et le concept de dhimmitude, le terme dhimmi était déjà largement employé. Il est celui dont le statut relève de la dhimma, un pacte d’alliance. Ce mot apparaît dans la neuvième sourate, dite Tawba, une des toutes dernières, à une époque où Mahomet avait assuré son pouvoir. Il est écrit dans le Coran lui-même que les dernièresrévélations peuvent corriger des révélations plus anciennes. C’est dire l’importance de la sourate Tawba, le repentir, techouva en hébreu. Mais, contrairement à ce qu’on en dit, le mot de dhimma n’y vise ni les Juifs, ni les Chrétiens, mais les « hypocrites » ces soi-disant alliés de Mahomet qui, ne l’ayant pas soutenu lors d’une expédition contre les byzantins, avaient brisé le pacte qui les liait à lui.

C’est plus loin dans la même sourate, mais sans le mot dhimma, qu’apparaît l’obligation pour les « gens du livre », de verser un impôt spécifique, la jaziya, attestant le caractère dominant de l’Islam sur les autres monothéismes, une mesure plus douce que l’alternative réservée aux polythéistes, la conversion ou la mort. Un siècle plus tard un calife peu connu mais s’appelant Omar et hostile aux chrétiens et aux Juifs, donna le nom de dhimma à cette obligation spécifique aux non-musulmans vivant en terre d’Islam, accompagnée de diverses interdictions. Il fut prétendu que c’était là un pacte de protection. Lire la suite

  • Une bibliothèque de sages: apporter la sagesse séfarade aux écoles juives

La tradition séfarade est riche de leçons pratiques pour toutes les écoles juives. C’est aussi simple que de mettre à jour votre bibliothèque.

Pour sa bat mitzvah, ma fille Lilah a voulu redonner à la communauté en entreprenant un projet de mitsvah. Elle a reconnu le besoin de plus de ressources dans son école pour aider les élèves et les enseignants à célébrer toute la diversité du peuple juif. Elle a donc décidé de recueillir des fonds pour des livres qui mettent en valeur les riches histoires et cultures des Juifs séfarades et des Juifs du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord et d’Asie, en veillant à ce que ces patrimoines soient mieux représentés dans la bibliothèque de son école.

J’étais excité de voir la passion de Lilah pour ce projet, non seulement parce que la représentation de toutes les communautés juives compte, mais aussi parce que ces livres aident à enseigner des valeurs juives importantes que les communautés sephardi et Mizrahi chérissent depuis des générations et tiennent encore chères aujourd’hui – des valeurs comme l’appartenance, l’unité et une approche juridique ouverte pour le bien de Klal Yisrael – qui sont significatives pour tous les Juifs à apprendre et à porter.

Dans le cadre de notre préparation conjointe pour ce projet, Lilah et moi avons commencé à faire des recherches sur les livres et les ressources pour créer une liste de lecture essentielle pour sa bibliothèque scolaire. Nous avons trouvé d’excellentes ressources sur le site de JIMENA ainsi que sur la bibliothèque PJ. Pour soutenir nos efforts, j’ai également contacté mon ancien patron, Eli Bareket, PDG de l’Alliance Israélite Universelle – Kol Israel Haverim. Kol Israel Haverim est un organisme à but non lucratif éducatif de premier plan qui se consacre à la promotion de l’égalité, de l’autonomisation et de l’identité juive par l’éducation, principalement au sein des communautés défavorisées en Israël. J’y ai travaillé dans le cadre du programme Memizrach Shemesh, où nous avons utilisé des textes de Sephardi et de Mizrahi rabbins comme outils d’organisation communautaire et de développement de l’identité.

« Au cœur, il y avait un désir d’unité: rassembler les Juifs, limiter les conflits et renforcer le peuple juif. Ces idéaux restent un guide puissant pour façonner une culture scolaire fondée sur la compassion, la sagesse et la connexion. Ce sont des valeurs qui font l’objet d’une telle participation à toute communauté juive et surtout à une école. » Lire la suite

  • L’histoire mizrahi : TikTok au service de la mémoire du Moyen-Orient

Ciara Shalome a remarqué un manque d’histoires juives Mizrahi sur les réseaux sociaux; soulignant que les étiquettes sont imparfaites, elle cherche le dialogue entre Juifs et Arabes

Le projet de médias sociaux maintenant connu sous le nom “Themizrahistory” a commencé, dit son créateur, avec une absence. Faisant défiler TikTok et Instagram, Ciara Shalome a remarqué que le «contenu juif» le plus visible en ligne a été biaisé vers une tranche de la vie juive.

« J’ai commencé à réaliser que beaucoup de contenu juif que je consommais était fortement ashkénaze. Et si ce n’était pas fortement ashkénaze, c’était fortement religieux – les orthodoxes et les juifs hassidiques parlant de leurs expériences en ligne en tant que Juifs, ce qui est fantastique. Mais je ne pouvais pas me raconter, et pourtant ils devenaient viraux comme s’ils représentaient l’ensemble du monde juif », a-t-elle déclaré à The Media Line.

Une table ronde virale «Jewish food», a-t-elle ajouté, a scellé le sentiment: «J’ai grandi avec de la nourriture juive du Moyen-Orient. Tous ces gens ont commencé à parler de la nourriture juive ashkénaze. Les gens ont écrit: «Je suis si heureux d’être initié à la nourriture juive», et je me suis dit: Non, vous avez été présenté à une très petite partie. Qu’en est-il des Juifs du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord ? Nous devrions aussi être inclus. »

Cette réalisation a tracé sa voie éditoriale: «J’avais toutes ces informations dans ma tête sur les Juifs du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. J’ai commencé à poster sur TikTok. Ma première vidéo portait sur un homme d’affaires juif irakien et son partenaire commercial musulman qui a amené Coca-Cola en Irak », a-t-elle rappelé.

Très rapidement, l’affichage d’« explairants » a cédé la place à l’enregistrement de témoignages oraux – le cœur du projet aujourd’hui. Shalome a filmé la mère d’un ami en train de raconter, en judéo-arabe, comment les voisins musulmans protégeaient les familles juives pendant le pogrom Farhud de 1941 à Bagdad.

« Répétez-le à moi. Je n’ajouterai aucun sous-titre. Je ne ferai aucun montage. Je vais juste le poster sur TikTok et voir si quelqu’un en Irak voit la vidéo. » Le résultat l’a surprise: «Je n’avais aucune idée de ce qu’elle disait. Je l’ai posté, et la vidéo a obtenu 2 millions de vues en Irak. Commentaires positifs et incroyables: «Tante, nous t’aimons. Revenir en Irak. Je suis désolé pour ce qui est arrivé aux Juifs. » Lire la suite

  • L’Exode séfarade à l’Empire ottoman

Les Ottomans ont commencé à émerger comme une grande puissance politique et militaire du début du XIVe siècle. Uthman, fondateur d’une dynastie, est issu d’une petite principauté turque, qui, avec le temps, est devenue un vaste empire. Les épées de ses successeurs ont mis fin à l’influence grecque de plusieurs siècles dans le sud du bassin méditerranéen, la remplaçant par la domination musulmane. S’étendant profondément dans le continent européen, l’expansion ottomane a fait de Vienne un avant-poste de la chrétienté.

Les communautés juives de langue grecque, que les immigrants d’Espagne et du Portugal ont plus tard appelées «romanites» ou «Gregos», étaient toutes sous domination ottomane au moment de la chute de Constantinople – rebaptisée Istanbul – en 1453. Les Juifs de langue arabe (« Mustarabs » dans l’idiome des réfugiés ibériques), étaient les autres groupes indigènes importants. Ils vivaient dans des pays « arabistan » conquis principalement sous le règne de Sélim I (1512‐1520) et de son fils Suleiman le Magnifique (1520‐1566). Pour tous les Juifs, la conquête était un salut, car leur situation aux XIVe et XVe siècles sous la domination byzantine et mamelouke avait été extrêmement difficile.

Havre pour les réfugiés juifs d’Espagne et du Portugal

Puis, dans le sillage de l’expulsion d’Espagne (1492) et de la conversion forcée au Portugal (1497), des dizaines de milliers de Juifs ibériques sont arrivés dans les territoires ottomans. Comme tout ce qui leur était demandé était le paiement d’une taxe de vote et la reconnaissance de la supériorité de l’islam, l’empire est devenu un paradis pour ces réfugiés.

Dès le XVIe siècle, la communauté juive de l’Empire ottoman est devenue la plus grande du monde. Constantinople et Salonika avaient chacune une communauté d’environ 20.000 personnes. L’immigration de la péninsule ibérique, arrivant en plusieurs vagues tout au long du XVIe siècle, a également transformé le caractère de la communauté juive ottomane. Beaucoup plus nombreux que les Juifs locaux, les Espagnols et les Portugais ont rapidement submergé les romaniots, et la population autochtone a été assimilée à la culture et à la communauté des nouveaux immigrants. Lire la suite

  • La mémoire séfarade en musique : le voyage de Mor Karbasi

Mor Karbasi est née à Jérusalem en 1986, d’origine hispano-séfarade et marocaine du côté de sa mère et de persan de son père, a catapulté sa carrière avec son premier album, « The Beauty and the Sea » (2008), produit par Matt Howe, lauréat d’un Grammy. Cette œuvre a été largement saluée par la critique, The Guardian la saluant comme « l’une des grandes divas de la musique mondiale » et déclarant l’album « l’album de l’année ».

La musique de Mor se caractérise par un style profondément enraciné et soul. Elle réinterprète la musique ladino (le langage ancien et le style musical des communautés juives exilées du Portugal et d’Espagne), élevant les compositions traditionnelles et originales à de nouveaux sommets d’expression et de richesse. Sa musique est marquée par des rythmes profonds, des percussions vibrantes et des arrangements innovants qui mélangent le jazz, le folk et le flamenco, créant des harmonies et des fusions ethniques exquises. Une influence profonde sur la vie et la musique de Mor Karbasi est son grand-père maternel Shalom, né au Maroc mais d’origine espagnole. Enfant, elle se souvient de son grand-père chantant et récitant Piyutim (anciens poèmes liturgiques juifs) pendant de longues nuits d’été, une tradition qui a enflammé une passion de toute une vie pour la musique. Ces versets, bien que leur signification lui était initialement inconnue, résonnaient profondément et trouvent maintenant leur expression dans ses performances d’âme.

Mor Karbasi est compositeur et interprète, chantant au Ladino, en espagnol, en hébreu, en arabe marocain et parfois en anglais.

Après avoir quitté son pays natal, Karbasi a passé des années à Londres et Séville, où elle a mûri en tant qu’artiste, collaborant avec des musiciens et des orchestres renommés tels que Tina Turner, Richard Bona, Tomatito, Trilok Gurtu, Mark Eliahu, Angelita Vargas et l’Orchestre Philharmonique de Londres. Ces expériences ont considérablement façonné sa musique et son style vocal.

Mor Karbasi a sorti cinq albums à l’international et a beaucoup tourné à travers l’Europe et l’Amérique, se produisant dans des festivals prestigieux tels que Womex, Womad, Babel Med, West Bank London, London Jazz Festival, SXSW Austin Texas, Bienal del Flamenco Sevilla et Madrid Flamenco Festival.

La musique de Mor Karbasi transporte son public dans un voyage à travers la Méditerranée, évoquant des contes oubliés transmis à travers les générations. Elle rend hommage aux femmes de sa famille, dont elle donne vie aux histoires à travers ses performances fascinantes. Sa musique célèbre le riche patrimoine culturel des Juifs séfarades et les diverses traditions musicales de la Méditerranée.

Mor Karbasi est un auteur-compositeur-interprète sincère, polyvalent et multiculturel. Sa musique est une caresse pour l’âme, empreinte de l’essence parfumée de la cannelle et de la fleur d’oranger. Lire la suite

Evénements en cours ou à venir

Le Marais juif : histoire du peuple juif à Paris entre intégration et persécutions à travers des lieux connus et cachés du Marais – Visites du 5 novembre 2025 au 16 novembre 2025.

e Marais est aussi le quartier traditionnellement associé à la communauté juive. Même s’il ne s’agit en fait que de quelques rues. La population juive est, depuis longtemps, installée sur tout le territoire grand parisien et non plus autour du traditionnel « pletzl ».

La visite entraînera sur les traces présentes et passées des juifs dans le quartier, entre rues et boutiques, synagogues et oratoires discrets. En particulier celle, fameuse, construite en style Art Nouveau par Hector Guimard, créateur des stations de métro parisiennes. Le tour présentera également, sans les visiter, deux superbes musées consacrés à l’histoire et l’art juif en France pour l’un, à la Shoah pour l’autre. Sans oublier plusieurs « trésors » inconnus et cachés ainsi que de multiples anecdotes diverses et étonnantes.

Si la visite d’une synagogue est normalement prévue, elle peut être annulée au dernier moment par les responsables des lieux pour des raisons religieuses ou sanitaires.

La visite permettra de s’interroger sur la situation actuelle de la communauté juive en France ainsi que l’évolution du quartier. En effet, avec toujours davantage de touristes, les boutiques de vêtements prennent le pas sur les commerces traditionnels. Réservation

  • La nuit dans le judaïsme – Visite Guidée – MAHJ –

par David Feinermann, guide-conférencier national

Vendredi 14 novembre 2025 – 14:30 -16:30

Vendredi 16 janvier 2026 – 14:30 -16:30

Dès ses premiers versets, la Bible accorde à la nuit une priorité sur le jour. Redoutée, elle borde l’espace des rêves, devient le théâtre d’évènements décisifs. Réflexions autour de ce phénomène majeur de la Création, qui demeure le socle du calendrier, des fêtes et de l’histoire juives. Réservation

  • Alfred Dreyfus. Vérité et justice du 13 mars au 31 août 2025

Près de vingt ans après sa première exposition consacrée à Alfred Dreyfus, le mahJ revient sur « l’Affaire » pour rappeler les grandes étapes de ce moment crucial de l’histoire de France, dont une des nombreuses conséquences fut la loi de séparation des Églises et de l’État. L’exposition révèle le combat acharné de Dreyfus pour faire éclater la vérité, corrigeant l’image d’un homme spectateur de la machination qui le conduisit à passer plus de quatre années à l’île du Diable et encore sept à lutter pour sa réhabilitation. 

Rassemblant près de 250 documents d’archives, photographies, extraits de films et une soixantaine d’œuvres d’art – de Jacques-Émile Blanche, Gustave Caillebotte, Eugène Carrière, Émile Gallé, Maximilien Luce, Camille Pissarro, Félix Vallotton ou Édouard Vuillard –, l’exposition raconte l’Affaire « avec » Dreyfus, en le replaçant au centre du propos. Cette approche nouvelle corrige l’image d’un Dreyfus effacé. Elle révèle un inlassable combattant de la vérité, auteur de multiples écrits, dont de nombreux inédits récemment sortis de l’oubli.

Alfred Dreyfus naît en 1859 dans une famille alsacienne marquée par la défaite de 1871 et l’annexion de l’Alsace-Moselle. Fervent patriote, polytechnicien, il mène une brillante carrière militaire qui sera brisée en 1894 : injustement accusé de haute trahison au profit de l’Allemagne, il est condamné par un conseil de guerre, dégradé et déporté en Guyane.

L’exposition démonte la machination ourdie par l’état-major et illustre le virulent antisémitisme qui s’exprime en cette fin de XIXe siècle. Grâce aux nombreuses œuvres présentées, elle replace l’Affaire dans la « Belle Époque », dont elle éclaire des aspects moins connus : la diversité des réactions juives, la « naissance » des intellectuels et la riposte à l’antisémitisme. L’affaire Dreyfus avait également révélé  le rôle de l’Église catholique dans la manipulation de l’opinion publique et des institutions, renforçant ainsi les arguments en faveur de la séparation de l’Église et de l’État en 1905. Quant à Alfred Dreyfus, gracié en 1899, il est réhabilité en 1906, mais ne sera pas réintégré au grade auquel il aurait légitimement pu prétendre.

Cent-trente ans après son déclenchement, l’exposition permet d’appréhender l’actualité persistante de l’Affaire, dans un contexte de regain de l’antisémitisme, alors que l’innocence d’Alfred Dreyfus fait encore l’objet de polémiques complotistes.

Cette exposition, qui a reçu le soutien exceptionnel du musée d’Orsay, s’appuie sur le riche fonds Dreyfus du mahJ, sur des prêts d’institutions – Archives nationales, Bibliothèque nationale de France, musées de l’Armée, du Barreau de Paris, Carnavalet, de l’École de Nancy, Maison Zola-Musée Dreyfus à Medan – ainsi que de collections particulières.

Commissariat : Isabelle Cahn, conservatrice générale honoraire des peintures au musée d’Orsay et Philippe Oriol, directeur scientifique de la Maison Emile Zola-Musée Dreyfus  Billetterie

Nouvelles lectures

  • Les Juifs d’Algérie de Joëlle Allouche-Benayoun/ Doris Bensimon

Par son histoire comme par sa spécificité culturelle, la communauté juive d’Algérie constituait une entité vivante aux coutumes et au patrimoine peu connus. A travers les étapes universelles de la vie sociale et personnelle (naissance, enfance, mariage, deuil…) c’est tout un matériau religieux, rituel, culturel… profondément enfoui, que les auteurs mettent au jour, avec l’aide attentive de leurs interlocuteurs. Un pan de l’histoire de l’Algérie se dévoile ici, à travers deux mille ans vécus sur cette terre par une minorité aujourd’hui quasiment ré-enracinée en France. La mise en perspective de l’histoire et du mode de vie de cette communauté avec l’histoire de l’Afrique du Nord, l’histoire de la France depuis deux siècles et le destin du peuple juif, démultiplie l’intérêt de cette étude analysant les divers aspects du passage de la tradition à la modernité. Cet ouvrage est aussi un témoignage sur les difficultés et les possibles réussites de tout processus de migration. Lire la suite

Édition : Stavit, 433 pages

  • Deux mille ans de vie juive au Maroc de Haîm Zafrani

Le judaïsme marocain entretient avec la pensée juive universelle et ses divers modes d’expression des liens étroits et des relations privilégiées au niveau de la création littéraire hébraïque classique et traditionnelle. En outre ce judaïsme est aussi le produit du terroir marocain où il a vécu durant deux millénaires.
Dans cet espace de convergence et de dialogue s’est élaborée une personnalité judéo-marocaine multipolaire complexe, dont la conscience et la mémoire se développent sur divers plans :

  • au plan de l’histoire, quand on pose un regard sur son destin et ses origines, sur les noms des lieux et des hommes ;
  • au plan du paysage culturel, quand on interroge les apports multiples des civilisations hébraïques, arabes, berbère et castillane, la production intellectuelle et la création littéraire ;
  • au plan de l’imaginaire social, marqué du sceau de la religion et de la mystique qui, aux moments les plus solennels de l’existence, s’associent toutes deux dans le rituel pour donner aux cérémonies à la fois leur dimension universelle et leur mesure locale.
    Cette nouvelle édition comporte des mises à jour et une postface qui remplace l’épilogue des éditions précédentes et qui apporte un éclairage inédit sur l’histoire de cette communauté éclatée dont il reste une mémoire dont l’écho résonne dans l’âme déracinée des émigrés retentissant dans leurs cris et leurs écrits, dans leur musique et leurs chants, leurs célébrations des fêtes familiales et religieuses, dans leurs pèlerinages. Lire la suite

Édition : Maisonneuve & Larose, 325 pages

Bonnes lectures !

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