L’Holocauste en Tunisie

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La présence juive en Tunisie remonte au 2e siècle avant notre ère. Sous le Régime de Vichy en 1940, les Juifs tunisiens subissent des lois discriminatoires et de nombreuses restrictions. L’occupation allemande de novembre 1942 à mai 1943 intensifie les persécutions. Environ 5000 hommes Juifs sont envoyés dans des camps de travail et d’internement. La campagne de Tunisie en 1943 met fin à l’occupation allemande, mais le commandement français maintient la législation antisémite de Vichy jusqu’à la fin du régime en 1944.

La présence d’une communauté juive sur le territoire de la Tunisie remonte au 2e siècle avant notre ère, à l’époque carthaginoise[1]. La communauté juive de Tunis augmente progressivement lors du 11e siècle, mais la conquête almohade[2] au 12e siècle marque un frein à cette croissance. Après la prise de Tunis, le calife almohade Abd al-Mumin force les Juifs et les chrétiens à se convertir à l’Islam. Cependant, la dynastie des Hafsides rétablit le statut de dhimmi (statut accordé aux non-musulmans, selon lequel ils devaient payer un impôt à l’État musulman en échange de leur protection) aux juifs et aux chrétiens au cours du 13e siècle. Les Juifs peuvent ainsi se regrouper en communautés et pratiquer publiquement leur religion. Certains d’entre eux retournent à Tunis et se ré-installent dans le quartier de la Hara, strictement réservé à la communauté juive[3].

La situation de la communauté juive connaît une certaine amélioration avec l’instauration du protectorat français en 1881. Toutefois, les Juifs subissent encore de l’antisémitisme. Avec la promesse révolutionnaire de Liberté, Égalité, Fraternité, de nombreux Juifs tunisiens commencent à s’identifier à la culture française, dans l’espoir de voir leur statut s’améliorer. Cependant, la situation des Juifs de Tunisie se dégrade radicalement en 1940, avec la mise en place du Régime de Vichy[4].

La France de Vichy

La Tunisie, comme le Maroc et l’Algérie, tombe sous le joug du Régime de Vichy, instauré en France en juillet 1940. La législation antisémite et raciste mise en place par Vichy en France hexagonale s’étend progressivement à ses colonies d’Afrique du Nord et de l’Ouest. Cette législation prive les Juifs algériens de leur française et certains Juifs d’Afrique du Nord de leurs biens, de leurs entreprises et de leurs avoirs, tout en leur imposant des quotas dans de nombreuses professions. Ces lois ne sont toutefois pas appliquées de manière uniforme à travers l’Afrique du Nord.[5] Le Maroc et la Tunisie, par exemple, sont sous protectorat français. Le Sultan du Maroc Mohamed V et le Bey de Tunisie Mohamed el-Moncef Bey sont contraints d’imposer les lois et décrets de Vichy. Cependant, ils tenteront, à divers degrés, de protéger la population juive.[6].

En Tunisie, l’administration française de Vichy met en place de multiples restrictions et mesures discriminatoires, bien que de manière inégale et sporadique. L’application du recensement obligatoire des Juifs en septembre 1941 et de la création du Commissariat général aux questions juives en sont des exemples.[7] L’occupation du pays par les troupes allemandes en novembre 1942 renforce et systématise les mesures introduites par le gouvernement de Vichy, tout en instituant de nouvelles persécutions pour les Juifs tunisiens. Lire la suite

Les voix perdues de Constantine
Mémoire d’une tradition musicale juive

par Serge Dahan
Président de l’INSSEF

Avant que le silence ne s’abatte sur ses ruelles, Constantine chantait.

La ville aux ponts suspendus vibrait au rythme du malouf, musique andalouse séculaire.

Dans cette ville dressée sur le roc la musique, langage commun de toute une communauté, à la croisée du sacré et du profane, resonnait dans les cafés et les synagogues.

Le malouf matrice culturelle des juifs de Constantine, a été transmis par les musiciens qui en sont restés les gardiens et les passeurs.

Dans les synagogues de Constantine, les piyyoutim, chantés en hébreu ou en judéo-arabe, mêlant ornementations orientales et ferveur séfarade, ont fait vibrer des générations.

Au cœur de ce monde un nom s’impose : Cheikh Raymond Leyris.

Violoniste virtuose, compositeur et maître du malouf, Cheikh Raymond est un pilier de la vie musicale des Juifs d’Algérie.

Autour de lui, les musiciens se rassemblaient, son orchestre comptait des joueurs arabes et juifs unis par la même passion de ce répertoire constantinois.

Il jouait et formait de jeunes disciples, parmi lesquels un certain Gaston Ghrenassia, futur Enrico Macias.

Le malouf constantinois s’articulait autour de douze Nouba grandes suites musicales héritées d’al-Andalus. Les musiciens de Constantine les interprétaient avec une intensité propre, mêlant émotion spirituelle et raffinement poétique.

Dans les orchestres de Cheikh Raymond, on retrouvait les instruments emblématiques du malouf : le oud (luth oriental), la kamanja (violon), la derbouka, le bendir (percussions), le qanoun (cithare orientale) et parfois la flûte gasba.

Cheikh Raymond, Lili Boniche, Blond-Blond, ou Saoud l’Oranais ont laissé des enregistrements précieux, où le malouf se fait témoin d’une fraternité perdue.

Ce patrimoine musical fait aujourd’hui l’objet d’un patient travail de sauvegarde par l’Institut Européen des Musiques Juives

En 1961, tout a basculé.

Le 22 juin, en pleine guerre d’Algérie, Cheikh Raymond fut assassiné sur le marché de Constantine. Son meurtre sonna comme un coup de tonnerre.

Pour la communauté juive, ce fut bien plus que la mort d’un maître : c’était la fin d’un monde.

Trente ans après le massacre de Constantine de 1934 l’assassinat de Cheikh Raymond affirma, chez tous ceux qui hésitaient encore, la certitude que la coexistence et les liens que la musique avait préservés étaient bien brisés.

En 1962, à la veille de l’indépendance, la quasi-totalité des Juifs de Constantine avait pris le chemin de l’exil emportant cette musique intérieure, cette mémoire sonore que ni la distance ni le temps n’ont effacé.

Enrico Macias, par sa voix et ses chansons, a fait de cette mémoire une matière universelle, c’est tout un pan de la culture juive d’Algérie qui trouva avec lui une place sur les scènes de l’exil.

La tradition musicale des Juifs de Constantine racontait la coexistence, la transmission, la ferveur et la tendresse d’une communauté profondément ancrée dans sa ville.

Le malouf, la Constantine de Cheikh Raymond appartient désormais à la mémoire, à l’histoire. Rappeler cette histoire c’est reconnaître la place des musiciens juifs dans le patrimoine des Juifs d’Algérie.

  • Les pionniers séfarades du sionisme avant le XIXᵉ siècle

C’est un mythe de suggérer que le sionisme était un mouvement qui a pris naissance en Europe à la fin du XIXe siècle et était étranger aux Juifs dans les pays arabes: en fait, il y avait beaucoup de pionniers sephardi qui prônaient le retour de la nation juive sur sa terre, bien avant la première aliya d’Europe de l’Est de 1882, selon Yosef Charvit de l’Université Bar Ilan parlant au dialogue juif de dialogue

Yosef Bey Navon a construit le chemin de fer de Jaffa-Jérusalem

« Je suis à l’Ouest, mais mon cœur est à l’Est, » déplorait le grand poète médiéval Yehuda Halevi (1100 – 1148). Écrivant à une époque où les Juifs étaient pris dans une grande lutte de pouvoir entre l’islam et le christianisme, Halevi rêvait de la résurrection de la nation juive. Au cours des XIIe, XIIIe et XIVe siècles, d’éminents rabbins Maimonides, Nahmanide et Ishtori Haparhi ont tenté de retourner à Eretz Israël. Ils ont été suivis par le rabbin Yosef Caro, qui a développé le Shulhan Arukh à Safed, les rabbins Reuveni et Molho au XVIe siècle et les Rishonim entre le XVIIe et le XIXe siècle. Au XVIIIe siècle, le rabbin marocain Haim Benatta a mis en place une importante yeshiva.

Le père de Theodor Herzl aurait été influencé par les sermons de Yehuda Bibas (1789 – 1852) dans les Balkans. Marco Yosef Baruch (1872 – 99) d’Istanbul était connu comme le Sephardi Herzl.

Les figures de Sephardi ont acheté et développé des terres à Eretz Israël bien avant le sionisme moderne. Les fugitifs de l’Inquisition espagnole Doña Gracia et son neveu Yosef Hanasi ont rétabli la communauté juive de Tibériade au XVIe siècle. Rav Yehuda Halevi Meragusa de Sarajevo (1840 – 79) possédait des vergers à Jaffa. Sir Moses Montefiore a établi le premier quartier à l’extérieur des murs de la ville de Jérusalem. Le Rav David Bensimon a construit Mahane Israël, le second. Adolphe Crémieux, président de l’Alliance Israélite Universelle, a mis en place l’école agricole de Mikve Israël, tandis que les banquiers Jacob et Haim Valero ont contribué au développement de villes modernes dans le Vieux-Yishuv. Le consul britannique Haim Amzallag a acheté un terrain à Petah Tikva et Rishon Letzion. Yosef Bey Navon a créé le chemin de fer Jaffa- Jerusalem.

Abraham Moyal, marchand, délégué de l’Alliance et superviseur du projet Rothschild, était une figure importante de Hovei Sion avec Pinsker et Wissotsky. Lire la suite

Une colonne de juifs conduits au travail obligatoire à Tunis, en décembre 1942. © Bundesarchiv / Wikimedia Commons
  • Commémorer les 80 ans de la rafle de Tunis pour ne pas oublier les juifs de Tunisie

Le 9 décembre 1942, alors que la Tunisie est occupée depuis un mois par les Allemands, 3 000 hommes juifs âgés de plus de 18 ans sont requis pour travailler, mais seuls 120 hommes se présentent. L’occupant procède alors à une rafle. Près de 5 000 juifs sont envoyés aux travaux forcés dans des camps où ils subissent des mauvais traitements.

“Pendant que le chef des SS vocifère, je fais mentalement le bilan de la situation. Nous sommes bien petits devant une force colossale qui se déchaîne. Je regarde à ma droite le groupe pitoyable des prisonniers mornes et silencieux. Je distingue la barbe de l’officiant, je vois un enfant qui frissonne de peur.” Le 9 décembre 1942, Paul Guez, responsable de la communauté juive de Tunis, se révèle bien impuissant. Alors que l’occupant allemand procède à une rafle dans la capitale tunisienne, il ne peut opposer de résistance. Près de 5 000 juifs sont envoyés aux travaux forcés dans plusieurs camps.

Cette date marque un tournant. Jusque-là, les juifs de Tunisie, environ 90 000 personnes, n’avaient pas subi de telles persécutions. Depuis l’établissement du régime de Vichy, ils étaient toutefois l’objet de mesures antisémites, selon le statut des juifs promulgué en métropole en octobre 1940. “Dans ce statut, il y a l’article 9 qui stipule qu’il est applicable dans les pays du protectorat”, explique l’historien Claude Nataf, président de la Société d’histoire des juifs de Tunisie (SHJT). “Mais pour qu’un texte soit applicable en Tunisie, il faut qu’il ait le sceau du bey (le souverain tunisien, NDLR)”, précise-t-il.

L’application du statut des juifs

À l’époque, Ahmed II Bey gouverne le pays. “Il s’agit d’un vieillard qui mourra deux ans plus tard. Il est plus préoccupé par sa fin et ce qu’il va léguer à ses enfants. Il ne veut pas rentrer en conflit avec le résident général de France, surtout pour une question qui concerne les juifs”, précise Claude Nataf. Le statut est donc introduit le 30 novembre 1940 et exclut les juifs de la fonction publique et des professions touchant à la presse, à la radio, au théâtre et au cinéma. Il se révèle toutefois “plus modéré” qu’en métropole, selon l’historien, puisque les ascendants et descendants de morts pour la France et les veuves de guerre bénéficient, par exemple, de dérogations. Un deuxième statut qui renforce les exclusions professionnelles est promulgué en juin 1941.

Lorsque le bey meurt en juin 1942, son cousin Moncef lui succède. Ce dernier exprime publiquement sa condamnation de l’antisémitisme officiel en déclarant : “Les juifs, comme les musulmans, sont mes enfants”, mais, comme son prédécesseur, il signe des décrets édictant des mesures raciales, notamment “pour éliminer l’influence juive dans l’économie tunisienne”. Lire la suite

  • Miami marque l’exode des réfugiés juifs

Le 16 novembre, des organisations à Miami ont uni leurs forces sur Yom Haplitim, le jour pour se souvenir de l’exode d’un million de Juifs contraints de quitter les pays arabes. Rapport de Sephardi Voices:

« Nous avons récemment uni nos forces avec l’AJC Miami et Broward, la Greater Miami Jewish Federation et Israël à Miam i pour organiser un événement profond et émouvant pour Yom HaPlitim, Journée juive des réfugiés.

« Cette commémoration vitale honore les près d’un million de réfugiés juifs qui ont été expulsés d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et d’Iran dans les années qui ont suivi la fondation de l’État d’Israël.

La soirée fut un puissant hommage au souvenir et à la narration. Les participants ont fait l’expérience d’une exposition de photos, d’une présentation vidéo en mouvement et de témoignages de survivants profondément personnels. Dr. Henry Green, un ancien de l’AJC Project Interchange, a guidé ce soir aux côtés de la Fédération juive du Grand Miami et de Scott Kaplan, qui ont joué un rôle crucial dans l’organisation de cet événement. »

Le président de JC Miami et Broward, Susan Greene Pallot, ont ouvert le programme et la maire Daniella Levine Cava a envoyé une vidéo de salutation.

(De gauche à droite): Daniela Zanzuri, Dalia Zanzuri, Michael Winograd, Moises Eskinazi, Susan Greene Pallot, Jimmy Benaudis, Henry Green, Scott Kaplan.

Les comptes personnels et l’histoire de la famille ont été partagés par le consul général adjoint israélien Ayellet Black. Jimmy Benaudis a parlé de l’histoire de sa famille du Maroc et de la France. Daniela Zanzuri Beiner, membre du conseil régional de l’AJC, a fourni son témoignage et interviewé sa cousine, Dalia Zanzuri, originaire de Tripoli, en Libye. Le membre du conseil régional de l’AJC, Moises Eskinazi, a réfléchi aux racines de sa famille en Turquie et en Amérique latine. Lire la suite

  • Toronto marque la Journée juive des réfugiés

La Journée juive des réfugiés a été commémorée à Toronto, au Canada, avec une projection de film, de la musique et de la nourriture de Mizrahi.

Suite à l’accueil du rabbin McCarroll, le public de 80 personnes a eu droit à des spécialités irako-juives et marocaines, notamment le kibbeh bulghur, le sambusek bel tawa, les cigares marocains et les pâtisseries irakiennes. Ils ont été divertis par Aaron et Matan jouant des mélodies arabes, ladino et hébreu.

Ils ont regardé la vidéo « Sous le soleil » et écouté un discours de Sharoni Siboni, la fille d’une famille marocaine.

La soirée a été organisée par Sharoni Siboni et Odette Masliyah de l’Association des Juifs irakiens à Toronto. Le public a adoré l’atmosphère très spéciale, mais la principale hypothèse est qu’il faut faire plus pour inclure l’histoire de Mizrahi dans le programme scolaire juif. Lire la suite

Aaron et Matan ont chanté et joué des airs arabes, ladino et hébreu

  • Le patrimoine juif égyptien: effacement et restauration

Magda Haroun est la dernière juive halachique restant au Caire. Sa mission est d’établir un musée juif en Égypte, où la restauration du patrimoine juif du pays a récemment reçu un coup de pouce, après des décennies d’effacement. Rapports du magazine Jacob Wirtschafter in Moment


En 2019, moins de 20 Juifs sont restés en Égypte, pour la plupart des femmes âgées. En 2025, le nombre de Juifs pratiquant ouvertement dans le pays serait inférieur à cinq. L’identité nationale de Magda Haroun identifie toujours sa religion comme yahudiyya – le judaïsme – faisant d’elle la seule personne en Égypte dont les documents émis par le gouvernement portent cette désignation. Tous les autres Juifs restants sont soit de filiation mixte, détiennent la nationalité étrangère ou se sont convertis à l’islam ou au christianisme.

En plus de protéger les sites du patrimoine juif, Magda Haroun est le fer de lance d’un effort pour établir le premier musée juif égyptien à l’intérieur de la synagogue Vitali Madjar à Héliopolis. « Nous avons un musée islamique, nous avons un musée copte. Mais nous n’avons pas la troisième composante “, me dit-elle, soulignant que le musée juif prévu est destiné aux Egyptiens, pas aux touristes. « Ils ont besoin de savoir que la gloire de l’Égypte moderne était sa diversité. »

Elle envisage des expositions mettant en vedette les verres en cristal gravés de son arrière-grand-père, le bureau de propriété intellectuelle recréé de son père et les bobines des Frenkel Brothers, les créateurs des premières caricatures égyptiennes. La synagogue était également devenue un espace de rencontres interconfessionnelles: des spectacles mêlant traditions islamiques et chants chrétiens et services de haute fête ouverts à tous. « Je veux que les gens sachent que nous ne sommes pas l’ennemi – nous sommes des Égyptiens qui aiment ce pays », dit Haroun.

Le bâtiment, inutilisé à des fins religieuses depuis près de 70 ans, a été nettoyé et brièvement ouvert en septembre 2023 pour une commémoration laïque et multiculturelle organisée par l’Association Drop of Milk de Haroun. Mais trois semaines seulement après ce rassemblement plein d’espoir, les attaques du Hamas du 7 octobre et la guerre à Gaza ont jeté une ombre. Alors que la vision du musée reste intacte, la programmation publique est devenue calme.

Alors que Magda Haroun est la seule juive officiellement reconnue en Égypte, elle n’est pas totalement seule. Lorsque j’ai rencontré Sami Ibrahim en 2019, juste après les funérailles de Marcelle Haroun, il m’a offert un retour au centre-ville du Caire avec le rabbin en visite. À l’époque, il dirigeait une entreprise d’import-export, mais il était également le fixeur de Magda, organisant l’accès aux cimetières, manipulant les visiteurs dans les synagogues et négociant l’entretien des bâtiments avec les fonctionnaires. Lire la suite

Magda Haroun: leader juif de la «communauté»
  • Des chercheurs commencent à étudier la traite des esclaves arabo-musulmane, longtemps restée taboue

L’esclavage dans le monde musulman a longtemps été un sujet tabou et les enquêtes à ce sujet, écrit Justin Marozzi dans The Telegraph, invitent à des accusations d’islamophobie. Pourtant, la traite des esclaves arabes était plus grande que la traite négrière européenne: les réparations devraient être débattues. Les dhimmi juifs et chrétiens n’étaient qu’un cran au-dessus de l’esclave dans la hiérarchie sociale.

Bien qu’il ne soit plus vrai que l’étude de l’histoire de l’esclavage dans la société ottomane et le monde musulman plus large se caractérise par « un silence assourdissant », comme l’a fait valoir l’historien Ehud Toledano il y a une génération, il est juste de dire qu’à quelques exceptions honorables parmi une nouvelle génération courageuse d’érudits, en Occident et dans le monde islamique lui-même, il ne reste rien de plus qu’un murmure.

Une étude récente de la vie de Fezzeh Khanom, une femme africaine réduite en esclavage dans l’Iran du XIXe siècle, pour donner un exemple, commence par les mots: «L’histoire de l’esclavage en Iran doit encore être écrite.»

Comme l’a écrit l’historien d’origine marocaine Maha Marouan: «Parler de l’esclavage au Maroc est tabou.» Le sujet n’est même pas inclus dans les programmes d’enseignement. « Il est également difficile de parler d’esclavage parce que nous sommes une nation musulmane qui a réduit en esclavage d’autres nations musulmanes – une pratique strictement interdite dans l’islam. »

À Istanbul, j’ai interviewé un jeune historien turc qui a décrit comment un professeur l’a balayée lorsqu’elle a demandé son avis sur une thèse de doctorat sur les captifs de guerre ottomans. « Nos ancêtres traitaient très bien leurs esclaves », lui a-t-il dit. « Ne perdez pas votre temps avec ça. »

Une caravane transsaharienne d’esclaves (illustration: Wikipédia)

Plus tôt cet été à Oman, autrefois un puissant empire de marchandage d’esclaves, j’ai parlé à un homme d’une soixantaine d’années qui a démontré un sentiment de déni similaire. « Tout le monde reproche aux Arabes de prendre des esclaves africains », a-t-il déclaré. « Qu’est-ce qu’on aurait dû faire ? Tout le monde le faisait. C’était des affaires. Sans cela, nous serions morts de faim. »

Dans certains milieux, le simple fait de discuter de l’histoire de l’esclavage dans le monde islamique, peu importe d’aborder les réparations, entraîne des accusations immédiates d’islamophobie. L’historienne Dahlia Gubara soutient que les histoires de l’esclavage et de la traite des esclaves au Moyen-Orient constituent une « incitation libérale au discours racial ». C’est une façon académique de dire « rien à voir ici ».

Ce mois-ci, j’ai donné une série de conférences sur « L’esclavage et l’islam » à Oxford, organisée par la Fondation Pharos, une institution de recherche et une organisation caritative éducative.

Après mon introduction aux fondements historiques, juridiques et théologiques de l’esclavage dans le monde islamique, j’ai été déçu mais pas surpris d’apprendre qu’un étudiant s’était plaint à l’université. Bien que la liberté académique soit très importante, a-t-il écrit, il serait « potentiellement préjudiciable aux étudiants » si les conférences se poursuivaient.

Dans une réaction plus forte, j’ai été accusé d’islamophobie et comparé aux « universitaires compromis » de l’Allemagne des années 1930 qui ont permis le génocide des Juifs. Lire la suite

  • « Jaguar », une nouvelle série Netflix espagnole sur la traque des nazis

Dans l’histoire, une dénommée Isabel Garrido, qui adopte le nom de code “Jaguar”, s’est engagée dans une volonté de justice et de vengeance

« Jaguar » est une nouvelle série espagnole en six épisodes sur la traque des nazis, disponible depuis le 22 septembre sur Netflix.

« Dans les années 1960, une survivante de l’Holocauste intègre un groupe d’espions autodidactes qui traquent les nazis réfugiés en Espagne après la Seconde Guerre mondiale », peut-on lire dans la présentation de la série.

Dans l’histoire, une dénommée Isabel Garrido, le personnage principal, est parvenue à fuir le camp de concentration de Mauthausen. Sous le nom de code « Jaguar », elle s’est engagée dans une volonté de justice et de vengeance après avoir notamment vu son père être assassiné sous ses yeux.

La série a été créée par Ramón Campos et Gema R. Neira. Au casting, on y trouve Blanca Suárez, dans le rôle d’Isabel, Iván Marcos et Óscar Casas. Lire la suite

Evénements en cours ou à venir

« Promesses Secrètes »Mercredi 10 décembre 2025 à 20h – Le Centre Européen Du Judaïsme

Le Centre Européen du Judaïsme est heureux de vous convier à un Spectacle au féminin par la Compagnie Transmosaïk.

« Promesses Secrètes »

Laissez-vous transporter par des contes et chants séfarades des Balkans et découvrez des traditions de communautés venues de la péninsule ibérique. Vous percevrez un écho de leurs existences à travers des histoires de femmes courageuses, fidèles et capables surmonter les épreuves de la vie.

Avec les participations de:

Yaël Morciano : Écriture, Mise en scène, Chant, Clarinette, Percussions.

Evelyne Alvarez Pereyre : Contes.
Lise Belperron : Accordéon.

Public exclusivement féminin

Réservation

  • Judaïsme et politique – mercredi 3 et jeudi 4 décembre 2025 – 12:30 -14:00 – MAHJ –

5e édition du Nouveau colloque des intellectuels juifs (NCIJ), organisé par le collège des études juives et de philosophie contemporaine de l’université Paris-Sorbonne (Centre Emmanuel Levinas)
Direction scientifique : Danielle Cohen-Levinas et Perrine Simon-Nahum

Dans la suite des précédents colloques, le 5e Nouveau colloque des intellectuels juifs pose la question des rapports du judaïsme au politique et de la place du politique dans l’existence juive. On s’interrogera sur la pertinence de certains notions (communauté, exil ou diaspora) qui traversent l’histoire du judaïsme depuis l’Antiquité. On étudiera les réalités sociales et politiques auxquelles renvoient les notions de souveraineté ou de communauté. On abordera la place qu’occupe la figure de la Justice dans la tradition et ses reformulations. Les notions centrales de la Terre et du Peuple conduiront à poser la question de la place qu’occupe à travers les âges la relation à Israël.

Avec le soutien de la Fondation du Judaïsme français Réservation

Nouvelles lectures

  • Six mois sous la botte de Paul Ghez

Les Juifs de Tunisie sont les seuls Juifs au monde à être tombés massivement sous le pouvoir de l’Allemagne hitlérienne et à avoir échappé à la Shoah. Pourtant l’anéantissement de cette Communauté était prévu, comme le prouve la présence à la tête des forces de police allemande du colonel SS Walter Rauff : responsable du programme des camions à gaz, il avait été envoyé en 1942 à Athènes à la tête d’un Kommando spécial dans la perspective de la victoire de l’Afrika Korps. Sa mission : la liquidation des Juifs d’Égypte et de Palestine. Soucieux de savoir précisément quel fut le sort des Juifs Tunisiens, nous avons entrepris de publier plusieurs témoignages de valeur.

À retrouver dans la rubrique « Mémoire » de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah :
https://www.fondationshoah.org/memoire/six-mois-sous-la-botte-paul-ghez

Édition : Le Manuscrit, 383 pages LIre la suite

  • Les pirates juifs des caraibes de Edward Kritzler

L’incroyable histoire des protégés de Christophe Colomb. Ce livre retrace la fabuleuse histoire de ces Juifs expulsés d’Espagne et du Portugal qui, au XVIe siècle, parvinrent à s’embarquer avec les grands explorateurs pour gagner clandestinement le Nouveau Monde et y devenir … pirates ! À bord de leurs navires, La Reine Esther ou Le Prophète Samuel, ces aventuriers, qui continuent de pratiquer leur judaïsme en secret, sèment la terreur parmi les galions espagnols. Continuellement persécutés, ils trouvent finalement refuge en Jamaïque, où Christophe Colomb et sa famille offrent asile aux Juifs poursuivis par l’Inquisition…

Entre chasses au trésor, conquête des Amériques et récits d’espionnage, on découvrira dans ces pages une foule de personnages hauts en couleur, comme l’extraordinaire rabbin-pirate Samuel Palache, qui monte encore à l’abordage à 60 ans passés et fonde la première communauté juive d’Amsterdam. Ou les frères Moïse et ­Abraham Cohen Henriques, deux corsaires ­partis à la recherche de la mythique mine d’or de Colomb. On y croise aussi la flamboyante figure d’Antonio-Abraham Carjaval, l’agent secret de Cromwell ; ou encore Sinan, commandant de la flotte de Barberousse et ennemi juré de Charles-Quint.

Édition : L’éclat, 384 pages

Bonnes lectures !

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