Les derniers Juifs en pays arabes : un film, une urgence, un appel à témoins. Par José Ainouz et Georges Bensoussan

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Entre 1850 et 1975, un bouleversement historique majeur s’est produit dans le monde arabo-musulman : la disparition presque totale de communautés juives implantées depuis parfois plus de deux mille ans, bien avant l’arrivée de l’islam au VIIᵉ siècle. Du Maroc à l’Irak, du Yémen à l’Égypte, une civilisation entière s’est effacée en l’espace de quelques décennies.

C’est cette histoire largement méconnue que le réalisateur José Ainouz et l’historien Georges Bensoussan ont choisi de porter à l’écran dans un documentaire ambitieux : Les derniers Juifs en pays arabes (1850–1975).

À travers ce film, les auteurs souhaitent faire entendre une mémoire en train de disparaître. Car des 900 000 Juifs vivant dans les pays arabes à la veille de la création de l’État d’Israël, il n’en reste aujourd’hui qu’environ 3000, principalement au Maroc et en Tunisie.

Sur le plan historique, le fil conducteur du documentaire s’appuie sur les travaux de l’historien Georges Bensoussan, et notamment sur son ouvrage de référence Juifs en pays arabes (Tallandier, 2012, Texto Tallandier, 2021), qui éclaire les mécanismes politiques, sociaux et culturels ayant conduit à la disparition progressive de ces communautés.

Une disparition rapide, un exil massif

Le conflit israélo-arabe a accéléré le départ des Juifs des pays arabes, les causes profondes nous semblent plus anciennes et plus complexes. Elles prennent racine dans l’émancipation progressive apportée par l’école occidentale (notamment les écoles de l’Alliance israélite universelle dès 1862 au Maroc ), dans la colonisation européenne, et dans la tension croissante entre modernité et statut traditionnel de minorité en terre d’islam.

Pendant des siècles, Juifs et chrétiens y ont vécu sous le régime de la dhimma, un statut de « protection »  mais aussi d’infériorisation, assorti de discriminations et d’humiliations. Après 1945, la perspective des indépendances arabes, la montée des nationalismes, le conflit en Palestine et la crainte d’un retour à l’ancienne sujétion ont provoqué un basculement. Dans un climat de pressions, d’intimidations, de discriminations et parfois de violences, des centaines de milliers de familles juives ont quitté leur terre natale.

Cet exode fut le plus souvent accompagné d’une spoliation massive et d’un arrachement culturel profond. Pourtant, cette histoire est restée longtemps marginalisée, éclipsée par d’autres récits dominants du XXᵉ siècle. Lire la suite

Yom HaZikaron
En 1948, ces Juifs d’Algérie qui ont rejoint le combat

Par Serge Dahan,
Président de l’INSSEF

À l’occasion de Yom HaZikaron, cette tribune revient sur un engagement souvent oublié : celui de volontaires juifs venus du monde entier, et notamment d’Algérie, pour soutenir l’État d’Israël menacé en 1948.

Le 29 novembre 1947, l’Organisation des Nations unies adopte la résolution 181, prévoyant le partage de la Palestine mandataire en deux États, l’un juif, l’autre arabe.

Ce vote, dans le contexte immédiat de l’après Shoah, donne une traduction politique à une aspiration ancienne. Mais il est immédiatement rejeté par les États arabes et par la Ligue arabe, qui contestent la légitimité du partage.

Dès décembre 1947, une guerre civile éclate en Palestine sous administration de l’Empire britannique.

Le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclame l’indépendance de l’État d’Israël.

Le lendemain, les armées de plusieurs États arabes, Égypte, Transjordanie, Syrie, Irak, Liban entrent en guerre avec pour objectifs la destruction de cet État naissant et de mettre fin à la présence juive.

Dans cette guerre, l’histoire ne se joue pas uniquement dans les états-majors ni dans les décisions diplomatiques prises à New York, au Caire ou à Londres.

Elle se construit aussi dans un espace moins visible mais tout aussi décisif : celui des mobilisations humaines, des réseaux transnationaux et des engagements individuels qui viennent, dans l’urgence, pallier les fragilités de l’État d’Israël en formation et répondre à un risque existentiel.

Car derrière les affrontements militaires se déploie une dynamique plus profonde : une mobilisation d’une large partie du monde juif portée par des hommes et des femmes qui perçoivent dans cette guerre menée par les voisins arabes une nouvelle épreuve de survie collective.

Dans l’immédiat après-guerre, à peine trois ans après la destruction des Juifs d’Europe, l’hypothèse d’un nouvel anéantissement ne relève pas de l’abstraction, mais d’une crainte tangible.

Des volontaires, hommes et femmes, quittent leur pays, franchissent les frontières, contournent parfois les interdits pour rejoindre Israël. Ils viennent d’Europe, des Amériques, d’Afrique du Nord.

Parmi eux, des Juifs d’Algérie.

Moins de trois ans après la fin de la guerre, le monde juif est à vif.

Six millions de morts, des familles entières anéanties, des lignées interrompues, des communautés séculaires rayées de la carte.

Ce ne sont pas seulement des chiffres. Ce sont des absences partout.
Des parents qui ne reviendront pas, des enfants disparus, des noms effacés, des histoires brisées, des générations détruites.

Le vide est immense.

En 1948, les survivants sont là, beaucoup sans foyer, beaucoup sans pays.
Regroupés dans des camps à travers l’Europe, ils vivent dans un entre-deux insoutenable. Ils portent en eux une mémoire immédiate : celle de la violence, de la déportation, de la faim, de la mort.

La conscience partagée est que le monde n’a pas voulu savoir, n’a pas empêché l’anéantissement. Que l’extermination a eu lieu sous les yeux de tous.

Et c’est avec cette mémoire encore brûlante, encore à nu, que s’ouvre l’entrée en guerre des États arabes contre Israël. Cette décision arabe est perçue comme un possible recommencement. Comme l’écrit l’historienne Anita Shapira “la guerre de 1948 est vécue comme la crainte d’une répétition de l’abandon et de l’impuissance éprouvés durant la Shoah”.

Cette perception provoque un basculement : elle transforme l’angoisse en action, la mémoire en engagement et déclenche une mobilisation d’une ampleur inédite.

Une mobilisation qui s’enracine dans des structures existantes : organisations sionistes, associations communautaires, mais aussi certains réseaux clandestins de survie et de résistance, forgés dans l’épreuve même de la guerre.

Pendant l’Occupation, partout en Europe, des femmes et des hommes ont organisé, souvent au péril de leur vie, des filières pour cacher des enfants, fabriquer de faux papiers, faire passer des frontières, ravitailler des familles traquées, des Juifs qui ont sauvé d’autres Juifs.

Des organisations comme l’Œuvre de secours aux enfants ou l’American Jewish Joint Distribution Committee, aux côtés de multiples réseaux informels, ont constitué une trame de solidarité clandestine, discrète mais vitale.

En France, cette dynamique se prolonge et se structure dès la Libération avec la création du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France, qui fédère les institutions juives et devient un acteur central de la reconstruction communautaire.

En Afrique du Nord, et notamment en Algérie, la structuration est plus diffuse mais bien réelle. Des relais communautaires, des consistoires, des cercles associatifs et des réseaux informels assurent la circulation de l’information, l’organisation de collectes et l’identification de volontaires. Ces espaces, moins institutionnalisés qu’en métropole, participent néanmoins à cette trame de solidarité qui relie la diaspora au destin du nouvel État.

Mais en 1948, certains de ces réseaux changent de nature. Ce qui relevait de la survie devient mobilisation, ce qui relevait de l’entraide devient organisation, ce qui relevait de la clandestinité devient stratégie.

Ils assurent désormais, de manière coordonnée et souvent dans l’urgence, le recrutement de volontaires, l’organisation de leur acheminement vers Israël, la collecte de fonds, l’acquisition d’armements, en contournant les restrictions internationales.

Cette transformation est décisive. Elle donne à Israël naissant et fragile une profondeur humaine, logistique et financière.

Comme le souligne l’historien Martin van Creveld : « sans ces flux d’hommes, de compétences et de ressources, la capacité militaire israélienne initiale aurait été compromise ».

Cette mobilisation repose sur des profils variés, dont la diversité même dit quelque chose de la profondeur du moment.

Elle rassemble d’abord des survivants de la Shoah. Sortis des camps ou de la clandestinité, souvent seuls, sans famille, sans foyer, beaucoup n’ont plus d’ancrage en Europe. Les camps de personnes déplacées en Allemagne, en Autriche ou en Italie deviennent des points de départ. Certains embarquent clandestinement sur des navires organisés par des réseaux, d’autres franchissent les frontières par voie terrestre.

La mobilisation touche également d’autres femmes et hommes, récemment démobilisés de la Seconde Guerre mondiale. Anciens soldats des armées alliées, français, britanniques, américains, ils ont combattu en Europe, en Afrique du Nord, parfois dans les rangs de la Résistance. Ils savent manier une arme, organiser une unité, lire une carte, tenir une position.

Ils ne sont pas des volontaires improvisés. Ils sont des hommes formés à la guerre. Certains rejoignent les unités combattantes. D’autres apportent des compétences techniques décisives.

Dans l’aviation, leur rôle est déterminant. Des pilotes volontaires, souvent américains, parfois vétérans de l’US Air Force, arrivent clandestinement pour former les premières escadrilles israéliennes.

Beaucoup arrivent sous de fausses identités, contournant les embargos internationaux, franchissant les frontières comme ils l’avaient parfois déjà fait pendant la guerre. Ils savent ce qu’ils font et ils savent pourquoi ils le font.

Une partie de la jeunesse juive se mobilise. Issue des mouvements de jeunesse sionistes comme la Hashomer Hatzair ou le Dror, mais aussi, pour certains, des réseaux de résistance en Europe, cette génération a grandi dans la guerre. Certains ont été agents de liaison, convoyeurs, combattants clandestins, parfois dès l’adolescence.

En 1948, ils n’ont souvent pas vingt-cinq ans, et pourtant, ils partent. On les retrouve dans les brigades combattantes, dans les kibboutzim transformés en positions défensives, dans les convois qui tentent de ravitailler Jérusalem assiégée, souvent sous le feu, sur des routes étroites et constamment menacées.

Ce sont ces hommes et ces femmes qui donnent à cette mobilisation sa réalité concrète. Leur engagement s’inscrit dans une histoire plus ancienne et prend une forme organisée : celle du Mahal, Mitnadvei Hutz LaAretz, « volontaires de l’étranger ». Cette structure se met en place dès 1947-1948 sous l’impulsion des dirigeants du Yishouv et de la Haganah, qui cherchent à pallier le manque de combattants formés. Le recrutement est coordonné depuis l’étranger.

L’ensemble reste placé sous l’autorité politique et militaire des dirigeants de l’Etat d’Israël, en particulier David Ben-Gurion, qui soutient activement l’intégration de ces volontaires dans les forces naissantes. Sur le plan opérationnel, les volontaires du Mahal ne constituent pas une armée autonome : ils sont intégrés directement dans les unités existantes.

Ce dispositif regroupe plusieurs milliers de combattants venus de la diaspora pour rejoindre les forces israéliennes. Selon l’historien Howard M. Sachar, plus de 3 500 volontaires étrangers participent à la guerre de 1948, issus d’une cinquantaine de pays.

Mais au-delà du nombre, c’est leur nature qui est décisive, le Mahal est un multiplicateur de capacité. Ses volontaires apportent ce qui manque au jeune État : une expérience militaire, des compétences techniques, une capacité d’encadrement. Dans les transmissions, la logistique, l’artillerie, leur expertise permet de structurer rapidement des unités encore embryonnaires. Certains prennent même des fonctions de commandement.

Ces volontaires ne sont ni mercenaires ni soldats réguliers, ce sont des volontaires d’une guerre qu’ils choisissent de faire leur. Comme le souligne également Benny Morris, « leur contribution est visible dans les moments critiques du conflit, lorsque l’équilibre des forces reste incertain ».

Le Mahal incarne ainsi, à lui seul, la nature de cette mobilisation : transnationale, volontaire, expérimentée et portée par la conviction que l’existence même de l’État est en jeu. Cette mobilisation repose sur trois ressorts indissociables : un sentiment d’urgence immédiate, une mémoire encore brûlante de la Shoah, et la perception d’un risque réel d’anéantissement.

En 1948, la guerre surgit dans un monde hanté par les images des camps, les charniers, les chambres à gaz. Et dans ce paysage encore dévasté, l’annonce de la mobilisation des armées arabes pour détruire Israël résonne avec une violence particulière. Pour le monde juif, c’est voir l’histoire basculer à nouveau, c’est voir se dessiner la possibilité d’un nouvel effacement.

Dans cet instant, la mémoire récente rejoint une mémoire plus ancienne. C’est toute l’histoire d’un peuple traversant les siècles entre exil et persécution, dispersion et survie : des images, des récits, des archétypes bibliques réapparaissent. La chute d’Israël serait vécue comme une répétition tragique. Comme l’analyse Elie Barnavi, la guerre de 1948 est vécue par une grande partie du monde juif comme une guerre de survie collective, bien au-delà de ses dimensions strictement militaires.

La mobilisation des Juifs d’Algérie, quant à elle, en 1948, n’est ni marginale ni distante. À Alger, Oran, Constantine, la guerre s’invite dans le quotidien.
On la lit, on la commente à la sortie des synagogues, on en parle à table, le soir, en famille. Derrière les nouvelles du front, une inquiétude monte. Très vite, la solidarité s’organise. Des collectes sont lancées dans les consistoires, les associations, les réseaux communautaires. On donne ce que l’on peut.

Dans les grandes villes, une génération est prête, formée dans les mouvements de jeunesse, qui a grandi dans l’ombre de la guerre, entendu les récits, compris. Entre 1947 et 1949, plus de 3 500 volontaires étrangers rejoignent Israël dans le cadre du Mahal, venus de près de 60 pays. Parmi eux, des Juifs d’Algérie.

Ils arrivent seuls, par petits groupes. Leur trajet est presque toujours le même : Algérie, Marseille, Israël. Beaucoup ont déjà combattu. Anciens soldats de l’armée française, ils ont connu l’Afrique du Nord, l’Italie, la Libération. Dans une armée encore embryonnaire, ils sont immédiatement utiles. À leurs côtés, des jeunes sans expérience militaire, mais avec une conviction, ils savent pourquoi ils sont là. Une fois intégrés, ils sont envoyés là où il faut tenir : la route de Jérusalem, des positions isolées, des zones de combat difficiles. Avec peu d’armes. Peu de moyens.

Les volontaires juifs d’Algérie n’ont pas laissé de récit collectif structuré, ni de mémoire institutionnalisée. Leur engagement s’inscrit bien dans celui du Mahal qui regroupe entre 3 500 et 4 000 volontaires étrangers venus de plus de quarante pays.

Les profils des juifs d’Algérie identifiés correspondent majoritairement à de jeunes adultes, parfois anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale au sein de l’armée française. Leur départ s’effectue le plus souvent de manière individuelle et sont intégrés directement dans les unités existantes, d’abord au sein de la Haganah puis de l’armée israélienne..

En 1948, rien n’était joué. L’État d’Israël était sous la menace, au sortir de l’histoire la plus meurtrière que le peuple juif ait connue. Face à cela, la diaspora n’est pas restée à distance. Elle a agi. Les Juifs d’Algérie n’ont pas été en retrait. Ils ont compris ce qui se jouait, et ils ont pris leur part.

Si la victoire militaire de 1948 revient d’abord aux forces israéliennes, l’apport des volontaires du Mahal a constitué un soutien réel, parfois décisif dans certains domaines, et pose une question qui dépasse cet épisode : que fait une diaspora lorsque l’existence même de son peuple est en jeu ?

Leur réponse est simple, exigeante : ne pas détourner le regard, ne pas attendre, ne pas déléguer, être là.

  • L’Iran n’a jamais quitté l’actrice dans le drame israélien « Téhéran »

En tant qu’actrice dans la série dramatique israélienne, Téhéran, Sogand Fakheri, qui a déménagé en Israël à l’âge de six ans, a joué une femme conservatrice fidèle au régime et amoureuse d’un commandant de Basij (milice paramilitaire). En tant qu’influenceuse sociale vocale avec un public en Iran elle-même, elle plaide pour la fin de la répression dans son Iran natal. Profil de Gabrielle Weiniger dans le Times:

En tant que jeune fille juive qui grandit à Téhéran, Sogand Fakheri prierait pour que Dieu trouve un moyen de combler les deux tirs opposés sur son identité: l’Iran et Israël.

Sa chance est venue un peu plus d’une décennie plus tard après qu’elle eut déménagé en Israël et a été choisie dans la série de Téhéran, lauréate d’un Emmy.

Le drame, disponible en streaming en Grande-Bretagne sur Apple TV, se concentre sur la guerre de l’ombre entre le Mossad et le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), mais a été acclamé pour sa représentation nuancée d’ennemis amers.

Ironiquement, compte tenu de ses antécédents, Fakheri, 24 ans, joue une jeune femme conservatrice fidèle au régime iranien, qui tombe amoureuse de son commandant dans la force paramilitaire Basij du CGRI et continue à trahir sa famille.

“C’est la première fois qu’Israël fait une série qui montre la vie quotidienne des Iraniens”, a déclaré Fakheri, 24 ans, au Times depuis sa maison dans une banlieue de Tel-Aviv. « Cela a amené cette complexité du peuple du Bassij et du peuple qui est contre le régime, et comment tout se déroule, au spectateur. Mon personnage était tout simplement amoureux de son commandant de Bassij. Et vous voyez comment l’amour et les racines nous affectent. »

Fakheri a quitté l’Iran en 2007, âgé de six ans, « avant de pouvoir avoir de mauvais souvenirs, car c’est avant de devoir porter le hijab ». Elle a été très consciente de ses deux identités cette année, d’abord lors de la répression meurtrière du régime contre les manifestants iraniens en janvier, puis après le déclenchement de la guerre. Cela a amené son rôle de Razieh Nekomard un peu trop près de chez elle. Lire la suite

  • Mémoire et transmission, l’histoire de Naava Yardeni ravivée dans un livre

Par Nathalie Sosna Ofir

À la veille de Yom HaShoah, un ouvrage publié en hébreu, en français et en anglais fait revivre l’univers du judaïsme tunisien entre mémoire intime et héritage collectif

À Kiryat Ono, la cérémonie officielle de Yom Hashoah sera consacrée au parcours de Naava Claudine Yardeni, née au sein de la communauté juive de Tunisie, marquée par la guerre, la perte et l’exil vers Israël.

Son livre, “Parfums tunisiens – nostalgie, recettes de Mama Tita, proverbes et dictons”, dépasse largement le cadre d’un simple ouvrage culinaire. Il s’impose comme une tentative de préserver un monde disparu : celui des rues, des synagogues, des langues, des traditions et des visages du judaïsme tunisien.

Si l’ouvrage prend la forme d’un récit culinaire et familial, il s’inscrit pleinement dans la mémoire de Yom HaShoah. Car cette journée porte aussi la mémoire des communautés juives détruites, déplacées ou profondément bouleversées, y compris en Afrique du Nord.

Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans un univers sensoriel dense : une cuisine vivante, des odeurs d’agrumes, de cumin, de couscous, des voix qui se mêlent. Un décor qui ne raconte pas seulement une histoire, mais qui la fait presque revivre.

Historienne de formation, spécialiste de l’immigration des Juifs de Tunisie en Israël, Yardeni mêle récit personnel et regard académique. Son livre oscille entre mémoire intime, document historique et patrimoine culinaire, porté par une même urgence : transmettre.

Publié en hébreu, en français et en anglais, l’ouvrage s’adresse autant aux générations futures qu’à la diaspora tunisienne, notamment en France et aux États-Unis. À 87 ans, l’auteure assume pleinement cette démarche : laisser une trace, une forme de testament vivant. Lire la suite

  • Épitaphe pour l’arabe irako-juif, une langue mourante

Comment préserver une langue mourante ? Est-il préférable de se vautrer dans la nostalgie ou de passer à autre chose? Le judéo-arabe est le reste le plus important de la diaspora irako-juive et ce sont les questions posées par Samantha Ellis, la fille de réfugiés juifs d’Irak, et le sujet de son livre “Ayez toujours du sel sur vous“, la version américaine de «Hacher des oignons sur mon cœur», publiée au Royaume-Uni. Samantha Ellis a été interviewée par David Jager dans The Tablet:

« David », la comédie musicale en version dessin animée qui revisite l’histoire de ce berger qui a vaincu Goliath et est devenu roi d’Israël, est depuis le 26 février dernier dans les salles de cinéma israéliennes, soit juste avant la fête de Pourim et deux jours avant le début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran.

En raison des nombreuses alertes aux missiles qui jettent régulièrement la population israélienne aux abris, le Commandement du front Intérieur a décidé la fermeture des salles peu de temps après la sortie du film en Israël — mais les spectateurs israéliens peuvent se rattraper pendant la fête de Pessah, maintenant qu’un grand nombre de cinémas ont réouvert.

Ce film qui dure 110 minutes, destiné au public enfantin, parle surtout de l’ascension de David vers le pouvoir, en s’inspirant du chapitre de la Bible Samuel 1, avec un peu de Samuel 2 pour faire bonne mesure.Rachel est la mère de Stella Darvey Joory, et Rachel: une vie dans un siècle turbulent (Troubadour, 2026) est son histoire, reconstituée par sa fille sur une décennie ou plus. Le récit est construit à partir d’anecdotes que Stella a entendues à la table du dîner en famille et à partir des archives de l’Alliance à Paris, où, incroyablement, Stella a trouvé des lettres de Rachel elle-même. Mais le livre n’est pas tant une biographie qu’un drame dans lequel Rachel et les membres de sa famille jouent leur vie dans un contexte d’événements réels. Lire la suite

  • « David », le nouveau dessin animé d’Angel Studio rappellera des choses aux Israéliens et aux chrétiens

Actuellement dans les salles en hébreu et en anglais, cette version musicale de l’histoire du berger devenu roi des Israélites, compte à son générique Sasson Shaulov, Miri Mesika et Shahar Tavoch

Par Jessica Steinberg

« David », la comédie musicale en version dessin animée qui revisite l’histoire de ce berger qui a vaincu Goliath et est devenu roi d’Israël, est depuis le 26 février dernier dans les salles de cinéma israéliennes, soit juste avant la fête de Pourim et deux jours avant le début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran.

En raison des nombreuses alertes aux missiles qui jettent régulièrement la population israélienne aux abris, le Commandement du front Intérieur a décidé la fermeture des salles peu de temps après la sortie du film en Israël — mais les spectateurs israéliens peuvent se rattraper pendant la fête de Pessah, maintenant qu’un grand nombre de cinémas ont réouvert.

Ce film qui dure 110 minutes, destiné au public enfantin, parle surtout de l’ascension de David vers le pouvoir, en s’inspirant du chapitre de la Bible Samuel 1, avec un peu de Samuel 2 pour faire bonne mesure.

Ce dessin animé aux magnifiques couleurs, qui est l’oeuvre du studio sud-africain Sunrise Productions, rend magnifiquement les champs remplis de pavots, aux amandiers en fleurs et aux robes tissées de l’Israël d’antan.

On y entend de nombreux morceaux accrocheurs, pour l’essentiel interprétés par David, l’auteur de dizaines de psaumes, lequel savait par ailleurs jouer de la lyre et de la harpe. On a parfois l’impression d’un savant mélange entre le « Prince d’Égypte » et le « Le Roi Lion ».

Certes, les voix et les dialogues sonnent américains, ce qui n’est pas illogique de la part d’un film qui, en 2025, a voulu remettre au goût du jour l’histoire de ce roi biblique. Lire la suite

  • Hommage à la mémoire des Juifs de Marrakech

par Elias Levy

Tout le bruit du Guéliz (Éditions Albin Michel, 2024) est un roman magnifique, tendre et très poignant.
Porté par un souffle romanesque impressionnant, ce récit biographique est une ode majestueuse à l’héritage culturel sépharade marocain.
Ruben Barrouk, l’auteur de ce roman aux allures de conte, n’a que 27 ans. C’est son premier livre. Il a fait partie de la première liste du prestigieux prix littéraire Goncourt.
Ruben Barrouk rend un vibrant hommage à sa grand-mère, Paulette Hayot Mouyal, 88 ans, qui vit toujours dans le quartier du Guéliz, à Marrakech
Un mystérieux bruit la hante et la tourmente, nuit et jour. Inquiets, sa fille et son petit-fils décident de se rendre dans l’ancienne cité impériale de l’ouest du Maroc pour élucider cette énigme. D’où provient ce bruit étrange? Ils entament alors un périple, qui sera parsemé de rencontres inopinées et de surprises, en quête des origines perdues. Un noble combat contre l’oubli de l’Histoire.
Ruben Barrouk a accordé une entrevue à La Voix sépharade.

En exergue de votre livre, il y a cette citation : « Le bruit condamne l’homme à l’oubli. Mais parfois il arrive qu’il le sauve de l’oubli. Il ne tient qu’à nous de l’entendre. » Qui est l’auteur(e) de cette belle maxime ?

Cette citation, que j’ai créée de toutes pièces, m’a été inspirée par la fête de Pourim, qui a lieu au mois de mars. Dans le roman, ma grand-mère se déguise en reine Esther pour Pourim. J’aime beaucoup l’histoire de cette fête juive. Surtout le passage du Livre d’Esther où on tourne les rashan, les crécelles en bois, pour enfouir le nom d’Haman. Depuis plusieurs millénaires, chaque fois que les Juifs ouvrent le Livre d’Esther, prononcent le mot d’Haman et tournent les crécelles, ils condamnent ce personnage abject à l’oubli.
Il arrive aussi parfois que le bruit sauve l’homme de l’oubli. Dans l’histoire de Pourim, le bruit a sauvé le peuple juif de l’oubli parce que cette rumeur que la reine Esther avait entendue, cette intuition qu’elle avait à l’intérieur d’elle-même quand elle va voir son oncle Mordekhaï et le roi Assuérus pour leur dire qu’une conspiration se trame, l’a sauvée ainsi que son peuple.
Le bruit condamne l’homme à l’oubli, mais parfois il le sauve de l’oubli, il n’en tient qu’à nous de l’entendre. C’est une histoire très universelle qui ne concerne pas que les Juifs, mais toutes les traditions.
Nous vivons dans un monde de plus en plus chargé d’informations, de fake news, mais aussi de vraies informations. Il y a beaucoup de bruit autour de nous, on parle de beaucoup de sujets, nous devons aller chercher la vérité. Or celle-ci, c’est ce petit bruit à l’intérieur d’un grand vacarme. Ma mère et moi sommes allés chercher à Marrakech ce petit bruit, cette petite vérité. Lire la suite

Evénements en cours ou à venir

  • Burt Bacharach, génie de la mélodie – Jazz à l’ECUJE Stories avec Olivier Hutman – Mardi 7 avril Dimanche 10 mai 2026 à 18h30

Avec Burt Bacharach, c’est tout un pan de la musique populaire américaine qui s’invite à l’ECUJE.

Compositeur culte des années 60 à 2000, auteur d’une multitude de tubes intemporels, Bacharach a su marier élégance mélodique, harmonies raffinées et émotion universelle.

Menée par Olivier Hutman, pianiste et directeur artistique de Jazz à l’ECUJE, cette conférence revient sur le parcours d’un créateur singulier qui a influencé autant le jazz que la pop, de Dionne Warwick à Elvis Costello, en passant par Dusty Springfield.

Une plongée dans un répertoire où chaque note respire la modernité, la nostalgie et la classe absolue. Une conférence musicale sensible et joyeuse, hommage à un artisan du son et des sentiments. Réserver

  • Les artistes juives oubliées du Paris des Années Folles (Montparnasse)- Balades dans le Paris juif avec Edith de Belleville – Dimanche 26 avril 2026 11h00 – ECUJE

Vous connaissez sans doute Modigliani, Chagall et Soutine. Mais connaissez-vous les artistes féminines qui faisaient également partie de l’École de Paris, ce mouvement artistique prolifique des années 1920 ?

Mais ces artistes juives n’étaient pas que des peintres. Elles étaient aussi sculptrices, photographes, muses et modèles. Attirées par Montparnasse, elles sont venues de Lorraine, de Hongrie, de Russie, de Pologne, d’Allemagne et même d’Inde, pour trouver la liberté de vivre et de créer. 

Venez suivre les traces de ces artistes juives du Paris des années folles qui ont contribué à l’essor de l’art moderne, mais dont les noms ont été trop longtemps oubliés par l’Histoire de l’art.

RDV : Le lieu du rdv vous sera communiqué lors de l’inscription.

Note importante : Merci d’être à l’heure. La visite commencera à 11h. Compte tenu de l’organisation de la visite les retardataires ne pourront malheureusement pas assister à la visite guidée. 

Prenez place dans la machine à remonter le temps et plongez – vous dans Les Années Folles. A travers le quartier de Montparnasse, berceau de l’Art moderne, revivez la folle existence des artistes juifs des Années 20 : Modigliani, juif d’Italie, Zadkine juif de Russie et sculpteur cubiste, Marc Chagall, Tristan Tzara, juif de Roumanie et inspirateur du Surréalisme. Retrouvez  les excentriques peintres Pascin, juif de Bulgarie, Kiesling, juif de Pologne, sans oublier Haim Soutine. Revivez l’ambiance déjantée dans les cafés mythiques de Montparnasse. Découvrez le magnifique immeuble où vivait Man Ray, juif des États- Unis et talentueux photographe en compagnie de sa sulfureuse muse, la célèbre Kiki de Montparnasse.

Réservations

Nouvelles lectures

  • Adieu, Babylone : Mémoires d’un juif d’Irak de Naïm Kattan

Bagdad ne fut pas toujours synonyme de dictature et de passions guerrières. Longtemps, au contraire, l’héritière de l’ancienne Babylone garda en son sein les traces d’une diversité culturelle unique en son genre, où les communautés cohabitaient pour le pire, parfois, mais aussi pour le meilleur. Naïm Kattan, l’un des intellectuels les plus brillants de la francophonie, est un témoin privilégié de ce passé ignoré par beaucoup. Son adolescence de «Juif arabe» s’est déroulée au coeur des multiples contradictions d’une Bagdad alors soumise aux répercussions de la Seconde Guerre mondiale. Aussi épris de patriotisme irakien que ses compagnons musulmans, il dut se frayer un chemin d’homme dans un univers riche mais complexe, entre tradition et modernisme, entre son antique communauté juive et la culture arabe, entre le refus du colonialisme anglais et la fascination pour un Occident aux séductions irrésistibles. Puis la création de l’État d’Israël rendit dramatique la situation déjà bien précaire des Juifs irakiens, et le départ devint quasi inévitable… Adieu, Babylone! Ces mémoires pleins de vie et d’intelligence, publiés pour la première fois il y a trente ans, ont pris aujourd’hui une densité tout à fait singulière.

Édition : Albin Michel, 320 pages LIre la suite

  • Isaac Abravanel : Conseiller des princes et philosophe (1437- 1508) de Roland Goetschel

Figure légendaire du judaïsme hébraïque, don Isaac Abravanel (1437-1508) mit ses talents d’homme politique et de financier au service des rois du Portugal, d’Espagne, de Naples et des doges de Venise, et assuma avec dignité la représentation de sa communauté auprès des souverains espagnols lorsque le destin des juifs d’Espagne bascula. Il fut également un penseur dont les écrits constituent le point d’orgue de la philosophie juive médiévale ; son commentaire de la Bible est devenu un classique.
Roland Goetschel, professeur des Universités, directeur du Centre d’études juives de la Sorbonne, retrace la vie et l’oeuvre de cet homme dont la réflexion a nourri le renouveau messianique qui traversa le monde juif aux XVIe et XVIIe siècles.

Édition : Albin Michel, 208 pages Lire la suite

Bonnes lectures !

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